Un été en Avignon
Un été au festival d'Avignon
Un été au festival d’Avignon
En juillet, en Avignon, le théâtre est roi. Le moindre garage, la moindre courette peut abriter une salle de spectacle où s’entasseront quelques passionnés autour d’une scène et d’acteur(s) plus ou moins inspiré(s). Entre les troupes qui tractent, qui vous interpellent pour que vous veniez, illico presto, voir le spectacle qu’ils présentent qui n’est rien tant que la huitième merveille du monde, un passant, votre voisin de table de bistrot qui vous demande quelle pièce vous avez vu et vous livre une analyse des pièces qu’il a vues à faire pâlir de jalousie un critique du Masque et la plume; la ville ne vit que par et pour le théâtre. On en oublierait presque la canicule !
Plus de 1780 pièces pour le off ! L’offre dépasse largement la demande. Il faut choisir. Choix impossible s’il en est. A raison de dix pièces par jour, il faudrait presque six mois pour toutes les voir ! Le bouche à oreille, les réseaux sociaux font les réputations, remplissent ou vident les salles.
J’habite Avignon.
Parmi toutes ces pièces, nombre d’entre elles traitent de psychiatrie et/ou de Santé Mentale. Monomaniaque, j’essaie d’en voir le maximum.
Le premier constat que je puisse faire, vu le nombre de pièces à voir, c’est que le sujet n’est pas tabou. La grande cause nationale n’y est probablement pour rien. Il y a trois ans, il y avait probablement le même nombre de pièces. La littérature n’ignore pas la folie, la maladie, les questions posées par la santé mentale. Rien de ce qui est humain ne lui est étranger. C’est ce qui la différencie de nombre de grands médias et des ministres de la santé et autres députés et sénateurs. De là, à affirmer que la déstigmatisation est en cours, je ne m’y risquerai pas.
Entre la psychiatrie et le spectacle vivant, il y a le commun du désengagement de l’Etat, de la baisse des subventions, et des choix pour le moins réactionnaires de nouveaux élus qui ont une appétence certaine pour la coercition, l’enfermement, la liberté de penser comme le chef, le parti, la nation ont dit qu’il fallait le faire. Malheur à qui sort du sillon.
Je vais donc vous présenter quelques-unes des pièces que j’ai vues.
Et puisque j’ai parlé de coercition, de liberté de penser comme le chef, je commencerai par « Patiente 66 », une pièce qui retrace le parcours de de vie de Rose-Mary Kennedy.
Mon regard n’est pas celui d’un professionnel du théâtre. Si je vous parle de mise en scène, ne vous y attardez pas, je ne suis qu’un amateur. De la même façon si je vous décris le jeu des acteurs, c’est de l’extérieur. Je m’intéresse davantage au récit, à ce que ça raconte, à ce que ça dit du monde dans lequel nous vivons, nous pensons, de l’image que ça donne de la psychiatrie, des échos que l’on peut trouver dans la pièce avec ce qui fait débat dans nos chapelles. Et parfois même ce que le spectacle fait résonner chez le professionnel que je suis.
Dominique Friard