Contenir

 Contenir

Qu’un même terme décrive le sanglage d’un patient, la prise d’un traitement sédatif contre son gré ou non, l’isolement, un massage, une activité conte, une séance de punching-ball dans la salle de musculation, un match de foot, une promenade dans le parc de l’hôpital ou un entretien de recadrage ne peut que nous interroger.

Il s’agit dans tous les cas de contenir un patient. On peut certes distinguer les contentions qui vont de soi et celles qui ne vont pas de soi, celles qui suscitent culpabilité et ambivalence chez les soignants et celles dont on peut parler, sur lesquelles on peut communiquer. Le risque est de donner à penser qu’existerait ainsi un continuum qui irait du plus consensuel au plus conflictuel, du plus légitime au plus controversé. On passerait insensiblement selon les aléas de la prise en charge du service portes fermées à l’isolement et de l’isolement aux sangles, l’échec des mesures de contention « vénielles » amenant à une escalade coercitive. Il n’y aurait pas de différence de nature uniquement des différences de degré.

Accompagner un patient taper dans un sac de sable pour l’amener à réguler son agressivité n’est pas la même chose qu’attacher ce même patient. C’est une évidence qu’il faut sans cesse rappeler. Dans le premier cas, le patient est un sujet, dans le second il deviendrait objet de soins, totalement dépendant des soignants quelle que soit leur sollicitude et leur disponibilité. Attacher quelqu’un est un acte grave. Mesure d’exception répondant à une violence exceptionnelle cette forme extrême de limite n’a pas à s’inscrire d’emblée dans un continuum. Est-ce précisément parce qu’ils n’arrivent pas ou plus à être contenants que les soignants vont isoler ou attacher le patient ? Le terme de contention nourrit une confusion entre notre capacité à accueillir les contenus psychiques délétères du patient, à les retraiter et à les lui renvoyer dans une forme acceptable par lui et notre incapacité conjoncturelle à faire ce travail de pensée qui nous amène à le contenir mécaniquement, réalisant au fond dans la réalité ce qui l’effraie.