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  • L’éducation thérapeutique du patient avec l’appli Semio8G du Grieps

    L’éducation thérapeutique du patient avec l’appli Semio8G du Grieps

    Un nouvel outil pour le soignant

    Lors d’un post-groupe d’une séance d’ETP consacrée aux voix, Germaine et Luc, deux infirmiers explorent les potentialités de l’appli semio8G élaborée par des chercheurs du Grieps.

    Luc et Germaine, tous deux infirmiers dans une unité de réhabilitation, viennent d’achever une séance d’éducation thérapeutique dédiée aux voix. Cette 4ème séance d’un programme axé sur la connaissance de la schizophrénie a été riche. Les sept patients ont évoqué leurs hallucinations auditives et les moyens qu’ils utilisaient pour les réguler. Les deux soignants se retrouvent, après la séance, pour un débriefing autour d’un thé.

    Luc qui est un tout jeune infirmier est émerveillé. Bien sûr, il a étudié l’éducation thérapeutique lors de sa formation initiale. Il a travaillé sur différents programmes : diabète, hypertension artérielle, anticoagulants. Il perçoit bien l’intérêt de la démarche qu’il a pu expérimenter lors d’un de ses stages en cardiologie.

    En psychiatrie, il ne croyait pas ça possible. On lui avait dit que les patients schizophrènes n’avaient pas conscience de leurs troubles. Il ne voyait donc pas comment évoquer les hallucinations, le délire avec des patients qui, pensait-il, enverraient paître le soignant qui leur parlerait d’une maladie qu’ils étaient convaincus de ne pas avoir. Lorsque Germaine[1], une infirmière de secteur psychiatrique chevronnée, lui a proposé de coanimer le groupe avec elle, bien qu’un peu sceptique, il a sauté sur l’occasion. La séance a bousculé tout ce qu’il pensait savoir sur le sujet.

    « Je n’en reviens pas qu’ils parlent, comme ça, aussi facilement de leurs hallucinations. Je croyais qu’ils étaient dans le déni des troubles.

    - C’est plus complexe que ça Luc, répond Germaine.

    - Ah bon ?

    - Oui, la conscience des troubles n’est pas binaire. Ça ne fonctionne pas en tout ou rien. Tu connais l’appli Semio8G du Grieps ?

    - Euh non, qu’est-ce que c’est ?

    - C’est une application de sémiologie psychiatrique élaborée par des formateurs du Grieps (B. Villeneuve, J-M Bourelle, G. Saucourt, R. Klein), un organisme de formation qui existe depuis 45 ans. Je te laisse le lien de connexion : Semio8G, votre appli de sémiologie psychiatrique - Grieps  Le 6 octobre 2022, après deux ans et demi de travail, le Grieps a offert gratuitement le lien aux professionnels engagé dans le soin en psychiatrie.

    - Gratuitement, c’est cool.

    - Oui, ça fait partie de leurs valeurs. Le savoir psychiatrique et sémiologique en ce qui concerne l’appli appartient à chaque professionnel. En tant que formateurs, ils se considèrent d’abord comme des passeurs, des éveilleurs. Il te suffit, du coup, d’une application internet pour afficher le contenu sur ton PC, ton téléphone mobile ou encore ta tablette.

    - Euh, quel intérêt ?

    - C’est un outil numérique de sémiologie psychiatrique, susceptible d’améliorer notre praxis clinique. Regarde ! Le statut mental ou arbre sémiologique comprend 8 domaines, 55 sous-domaines et 268 mots avec leurs définitions. Deux cents exemples vidéo, écrits, liens internet pertinents permettent à l’utilisateur d’aller plus loin pour affiner sa compréhension de la terminologie. L’insight est un de ces domaines, allons voir ce qu’il nous propose. Il suffit de cliquer.

     Semiopsy8

    - Insight clinique et insight cognitif, hum. Quelle est la différence entre les deux ? Je clique.

    - C’est facile d’accès, non ?

    - Oui, tu peux l’avoir toujours avec toi, où que tu sois. Comme n’importe quelle appli.

    - Alors voyons l’insight peut être traduit en français par « conscience du trouble », « déni » ou « anosognosie ». Je n’avais pas tort en parlant de déni.

    - Non, non je t’ai juste dit que c’était un tout petit peu plus complexe. Continuons …

    - Je clique sur insight clinique puis sur insight cognitif. Il est relatif à la conscience de la maladie et à son implication en termes de prise en charge thérapeutique. L’insight cognitif, lui, est défini comme la capacité du patient à reconnaître ses déficits cognitifs et à leur attribuer une cause. Ça signifie qu’on peut reconnaître des déficits cognitifs sans les relier à une maladie ?

    - Oui c’est ça.

    - Tout à l’heure, au début du groupe quand Aïcha a dit qu’elle n’avait pas lu le fascicule sur les voix parce qu’elle n’arrivait pas à se concentrer, ni à retenir ce qu’elle lisait, on pourrait dire que c’était de l’insight cognitif ?

    - Oui tout à fait mais l’attribuait-elle à une maladie ?

    - Pas du tout. Elle a dit que c’est l’œuvre des djinns. Aïcha a donc de l’insight cognitif mais pas d’insight clinique. Je reviens à l’insight. « Le patient a-t-il conscience de la maladie ? Quel est son degré de conscience ? » Le patient pense clairement avoir un trouble mental : « J’ai une maladie, je souffre de schizophrénie ». » C’est ce que nous a dit Hervé. Il a commencé par ça.

    - Hervé a fait un sacré parcours avant d’en arriver là. Cela fait une vingtaine d’années qu’il est malade. Il a fait beaucoup d’activités de psychoéducation.

    - On retrouve ce qu’a dit Claire : « Le médecin m’a dit que je souffrais de schizophrénie. Je ne suis pas certaine d’être d’accord avec lui. Mais bon, j’ai quand même quelque chose qui ne tourne pas rond. »

    - Jean-Paul et Christine ont tenu à peu près le même discours.

    - Dans les inconscients, on retrouve aussi les propos de Jordan et de Luc qui n’adhèrent pas du tout aux propos de leur psychiatre. Donc, dans le groupe, on a un patient conscient, trois ou quatre quelque peu conscients et deux inconscients.

    - C’est cela. C’est la proportion que nous essayons d’avoir dans ces groupes d’ETP. Il s’agit à chaque fois de créer une dynamique entre ceux qui savent, ceux qui savent un peu et ceux qui ne savent rien du tout ou ne veulent pas savoir. Les uns entraînent les autres. Les échanges entre pairs sont beaucoup plus riches. L’expérience vécue a un poids que le discours des soignants n’a pas.

    - Tu as raison, d’ailleurs qu’ils soient conscients ou non, tous ont évoqué leurs voix et expliqué comment ils les régulaient, qu’ils les pensent comme un phénomène normal, morbide ou non.

    - Tiens, si on revenait au groupe.

    - D’accord, mais après si tu veux bien on regardera du côté de la perception pour catégoriser les hallucinations exposées par les patients.

    - Bonne idée.

    - Je sens que je n’ai pas fini d’explorer cette appli. »

     

     

     

    Dominique Friard

     

     


    [1] Clin d’œil à Christophe Malinovski qui a créé le personnage de Germaine, une Infirmière de Secteur Psychiatrique (ISP) chevronnée, qui guide parfois ses jeunes collègues dans les méandres de la clinique. On peut la retrouver sur Il était une fois en psychiatrie (iletaitunefoisenpsychiatrie.blogspot.com)

  • Débat Funambules à l'Utopia le 11 octobre

    Funambules

    Le 11 octobre à 20 heures, en Avignon, dans le cadre de la Semaine d'Information en Santé Mentale (SISM), la MDPH 84 et un collectif d'association (Isatis, Preuve, l'Unafam, Le Point de Capiton et Serpsy) présentent le film d'Ilan Klipper : Funambules. La projection sera suivie d'un débat destiné d'abord à déstigmatiser la maladie mentale et ensuite à réfléchir collectivement sur cette réalité dont on ne veut rien savoir et/ou qui défraye la chronique quand les médias montent en épingle telle ou telle affaire. 

    FUNAMBULES - Cinéma Utopia Avignon (cinemas-utopia.org)

     

     

  • Salut Dimitri et fraternité

    Salut Dimitri et fraternité

    « Laragne a perdu son âme »

    Mon smartphone est devenu fou. « Kling ! » Les alertes se succèdent. « Kling ! » Textos et messages se multiplient. « Kling ! » Je pense que je suis loin d’être le seul à être ainsi envahi. « Dimitri est mort ». Je reçois et j’envoie à mon tour. « Kling ! » Le son des tamtams serpente le long du Buëch, franchit les vallées et les monts. Du Pic du Morgon, à l’Aubiou jusqu’au Vieux Chaillol, des doigts agiles colportent la triste nouvelle : le vieux lion est mort. « Les Africains ont un dicton, m’écrit Cathy. Quand une personne âgée meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. C’est beau et ce fut ma pensée pour Dimitri. » « Kling ! » Dans les Hautes-Alpes et dans les Alpes de Haute Provence, pour tous ceux qui gravitent autour de la psychiatrie, pour notre communauté, c’est un tremblement de terre : « Dimitri est mort ».

    Cette simple mention de son prénom dit tout. C’est Dimitri qui est mort. Pas le Docteur Karavokyros, pas l’ancien médecin-chef, pas le Kara des copains médecins, ni même Karavo. Dimitri. Tout simplement, tout familièrement. « Kling ! »

    Il s’est éteint dans la nuit du 21 au 22 mai. Dans son sommeil, semble-t-il. 

    On le croyait immortel. A le voir se rendre encore aux grandes relèves dans les unités, pour écouter, papoter, s’imprégner, faire du « Karavo » avec la dose nécessaire de mauvaise foi, avec ce goût de la dispute qui le caractérisait, cette façon de ne pas lâcher, de ne pas renoncer. La disputatio, écrit Frédéric, le cadre d’une des unités. Jean-Paul Lanquetin l’avait rencontré, il y a quelques dix jours, dans le cadre d’une recherche sur l’isolement et la contention. Dimitri, très en verve, lui avait raconté l’histoire du CHBD et une partie de celle de la psychiatrie. Daumézon son maître. Le syndicat des psychiatres. Guy Baillon, l’ami de presque toujours. Et d’autres, tant d’autres qui ont écrit les plus belles pages de l’histoire de la psychiatrie. Une belle histoire dans laquelle il tenait une place importante. « Kling ! »

    « Laragne a perdu son âme » m’a écrit Mireille.

    Laragne, une épopée sans isolement, ni contention. Rien que ça, ça dit l’homme. Combien d’établissements psychiatriques peuvent soutenir qu’ils n’utilisent pas de contention ? Combien ont refusé collectivement et à l’unanimité d’ouvrir des chambres d’isolement en 2009 ? Et pourtant Dimitri n’y était plus chef de service. Transmettre. Il a su nous transmettre un dur désir de liberté qui s’incarnait dans notre refus collectif des mesures coercitives. Encore et encore. Attiser la révolte, la soutenir. Quel âge avait-il, Dimitri ? Plus de 80 ans c’est sûr. Il me semblait parfois qu’il était le plus jeune d’entre nous. « Kling ! »

    Dimitri était psychiatre. Il avait fait les beaux jours du Syndicat des médecins des hôpitaux psychiatriques de 1972 à 1981. Il y fut, entre autres, chargé des relations avec les syndicats d’infirmiers et les organisations de paramédicaux. Il s’était joint à ses confrères M. Monroy et J. Gérardin pour rédiger le rapport « Formation et rôle de l’infirmier en psychiatrie » en ouverture du congrès de psychiatrie et de neurologie d’Auxerre, en septembre 1974. Renonçant à rédiger eux-mêmes le rapport, Dimitri et ses confrères, créèrent avec quelques infirmiers, un collectif qui s’organisa sous la forme d’une association à laquelle adhérèrent un très grand nombre de comités locaux. L’association pour l’étude du rôle et de la formation de l’infirmier psychiatrique (AERFIP puis AERLIP) élabora un document de 310 pages. Ne pouvant être accueillis par les congressistes qui se levèrent et quittèrent la salle au moment où M. Lababsa, infirmier à Clermont-de-L’Oise, prononça un discours élaboré collectivement, les quelques 400 infirmiers présents invitèrent les psychiatres à les retrouver pour continuer la discussion à Saint-Bris-Le Vineux, où ils étaient rassemblés. Quatre firent le déplacement, dont Dimitri. Nicole et Michel Horassius concluaient cette séquence dans le numéro de novembre de l’Information psychiatrique : « Ce n’était pas le moindre intérêt de ce congrès inhabituel que de révéler l’étonnement, sinon le malaise, des médecins devant ce qu’il faut bien considérer comme une manifestation de maturité, même si elle emprunte les formes contestataires de l’adolescence. Il nous sera peut-être difficile d’adopter une attitude de médecins adultes, sans honte ni condescendance, face à des infirmiers adultes et responsables à qui nous unissent les mille liens affectifs et identificatoires du tissu institutionnel. » Dimitri était sans honte et sans condescendance. Il respectait chacun et les liens affectifs et identificatoires entre nous étaient nombreux comme le montre notre tristesse commune à l’annonce de son décès. « Kling ! »

    Dimitri était psychiatre. De secteur. Au sens le plus exigeant du terme. Comme les infirmiers. Nous avions ça en commun. Le secteur. La population haut-alpine. Le soin. Il avait une connaissance presque physique des mouvements de population qui menait une famille du Nord de la France à venir habiter dans les Hautes-Alpes, à Embrun, pour qu’un enfant asthmatique respire enfin. Il connaissait le malaise des campagnes qui conduisait un agriculteur à accrocher une corde à une poutre. Nous en avions parlé ensemble pour un article, pour moi mémorable, sur le secteur dans Santé Mentale. C’était la seule fois où j’étais allé chez lui. J’avais été son secrétaire. La nuit nous avait interrompus. Il soutenait tout projet qui visait à rapprocher la population des soins. La proximité toujours, Friard. Farouchement opposé à l’asile, Dimitri était un militant du secteur. Et plus d’un d’entre nous s’était fait moucher d’être trop « asilaire ». Je me souviens de ces réunions au Club, quand Dimitri, trouvant que les propos étaient trop descriptifs, trop rejetant à propos d’un patient, trop convenus se tournait vers la droite, sortait son journal de son sac et l’ouvrait pour le lire. Il ne reculait devant aucune action parlante.     

    Chacun a ses souvenirs de Dimitri : ASH ou assistante sociale, infirmier ou psychiatre, éducateur spécialisé, patients, familles, cadre ou conseillère en économie sociale et familiale. Joël, l’infirmier dessinateur qui fit les illustrations de la revue Soins Psychiatrie pendant plus de dix ans se plaisait à le caricaturer dans la revue, dans les vestiaires. Dimitri souriait et parfois en riait. « C’était ma coccinelle », écrit Joël, faisant ainsi allusion au petit animal dont Gottlieb parsemait la moindre case de ses B.D. « Kling ! »

    Dimitri était un psychiatre attentif à ses patients. Il les suivait au long cours. Il ne les lâchait pas. Il était là quoi qu’il arrive, comme il était présent dans l’institution, aux réunions diverses et variées qui fabriquent la psychiatrie de secteur. En tant qu’infirmier, c’était un vrai bonheur que de suivre ces patients, ces familles parfois.

    J’ai tant de souvenirs de Dimitri qu’il faudrait un livre pour tous les déplier : les réunions le soir à l’AFREPSHA (Association de Formation et de Recherche des Personnels de Santé des Hautes-Alpes) pour préparer les journées qui accueilleraient la fine fleur de la psychiatrie, les effets de tribune destinés à relancer un débat qui roupillait, les soirées festives quand Dimitri refaisait le monde avec Guy Baillon, Pierre Delion, Jean Oury ou un intervenant plus ou moins prestigieux.

    Il nous est arrivé d’intervenir pour un même organisme de formation (l’Infipp) à Montpellier et à Montfavet. Dimitri avait en charge la psychopathologie et moi le soin quotidien. Je lui succédais. Dimitri, ça lui cassait les pieds d’enseigner la psychopathologie, ce qui l’intéressait c’étaient les soins, à hauteur d’infirmier, ce qui se fabriquait avec les patients.  Les stagiaires s’attendant à un cours magistral de sémiologie renâclaient parfois. Il leur répondait : « La psychopatho, vous verrez ça avec Friard. Il fera ça très bien. » Quand j’arrivais le jeudi et que je présentais le contenu des deux jours de formation, ils m’interrompaient : « Euh, et la psychopathologie ? Le Dr Karavokyros nous a dit que c’était vous qui l’abordiez. » Merci Dimitri. C’est ainsi que je me retrouvais régulièrement à improviser autour de la psychopathologie. Ce fut très formateur.

    Il ne s’en vantait pas tant ça allait de soi pour lui mais Dimitri avait une qualité énorme, hélas de plus en plus rare : il savait faire confiance. Aux patients comme à ses collègues soignants. « Kling ! »

    Merci Dimitri !

    Dominique Friard

     

  • Les infirmiers psychiatriques au cœur du soin

    Les infirmiers psychiatriques au cœur du soin

    M. Combret, D. Friard, J-P. Lanquetin, B. Villeneuve

    Editions Seli Arslan

    Véronique avait fait partie d’un spectacle de rue et était allée à l’Hôpital L’eau vive, à Soisy Sur Seine, elle avait brièvement fréquenté l’Ecole des Beaux-Arts, avant de tailler la route jusqu’en Turquie. Marie était animatrice de colonie de vacances et de centre de loisirs. Serge se destinait à devenir professeur de musique. Il avait fait le conservatoire et était allé en faculté de musicologie. Il avait été saxophoniste dans la musique militaire. Maryline avait fait une première année d’histoire. Elle voulait devenir archiviste, documentaliste mais a développé une allergie à la poussière. Marc-Henri était entré aux PTT, au tri postal. Il jouait aussi aux fléchettes et est devenu champion de France de la discipline. On lui a proposé d’être démonstrateur professionnel de fléchettes électroniques. Ahmed a tâté du droit, été pompier volontaire, infirmier militaire. Éric a débuté dans un IUT en gestion et organisation de la production. Il a multiplié les petits boulots comme couper des fromages, sortir des sacs de courges d’un container, les éventrer avec un couteau et les verser dans une grille. Leurs parcours sont divers, parfois cocasses, mais tous deviendront infirmier(e)s en psychiatrie, de secteur ou non. Qu’est-ce qui les a amené(e)s au soin et plus particulièrement à la psychiatrie ? Qu’y ont-ils trouvé qui les a conduit(e)s à y rester et à y faire carrière ? C’est ce qu’ils racontent à Seli Arslan qui les interviewe dans un nouvel ouvrage : Les infirmiers psychiatriques au cœur du soin.

    Celles et ceux qui étaient infirmièr(e)s de secteur psychiatrique ont vu leur diplôme supprimé, pour certain(e)s alors qu’ils venaient juste d’être diplômé(e)s, comment ont-iels réagi ? Ont-iels baissé les bras ? Ils racontent des parcours très riches qui ont amené l’une à un doctorat en soins, une autre à la formation, un autre à la psychoéducation, un autre encore à la création d’une radio, etc. Ils ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot. Ils racontent le soin, les rencontres avec les patients, l’évolution de la psychiatrie, sa mise en déshérence.

    Certain(e)s travaillent toujours comme infirmier(e)s. Certain(e)s sont retraité(e)s, mais demeurent toujours actifs dans le champ. Ils sont devenus formateurs dans des organismes de formation, spécialisés ou non : Infipp, Grieps, ISIS, etc. Ils ont à cœur de transmettre leur savoir.

    Ces huit rencontres avec des femmes et des hommes remarquables en disent probablement plus sur la psychiatrie que bien des traités théoriques ou sociologiques. Seli Arslan sait, par ses questions, leur permettre de rebondir, d’aller plus loin, de préciser leurs propos.

    Quatre « théoriciens » commentent, mettent en musique, contextualisent ces parcours : Michel Combret décrit la sociologie de la profession, Benjamin Villeneuve retrace son histoire, Dominique Friard évoque un des savoirs perdus et Jean-Paul Lanquetin rassemble tous les fils et en resitue l’épistémologie.

    Un livre à lire pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui en psychiatrie.

     

    D. Friard

       

  • L'an 01 de la psychiatrie. Manifeste

    L’an 01 de la psychiatrie

    Manifeste à faire circuler

    L’an 01 de la psychiatrie : on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste. Et d’abord rencontrons-nous pour parler, échanger autour de nos pratiques, de ce que l’on peut faire, de ce que l’on aimerait faire, des moyens de pouvoir y parvenir, de le penser, de l’organiser.

    Lorsque le 23 mars 1992, le législateur supprime le diplôme d’Infirmier de Secteur Psychiatrique (ISP), il ne fait pas que créer le diplôme d’Etat d’infirmier polyvalent (IDE) en adaptant la formation aux recommandations européennes. En expurgeant progressivement la formation de ces IDE des contenus psychiatriques et de sciences humaines qui structuraient la formation d’ISP, il affirme qu’il n’y a pas besoin de posséder des connaissances spécifiques pour soigner une personne souffrant de troubles psychiatriques.

    Les personnes en état maniaque ou mélancoliques, celles qui délirent bruyamment, qui sont envahies par des hallucinations acoustico-verbales, celles dont l’organisation limite les pousse à attaquer tout lien à l’autre, celles qui vérifient plus de 200 fois que leurs robinets et portes sont bien fermées, doivent bénéficier des mêmes types de soins, réalisés avec le même type de raisonnement clinique que les personnes souffrant d’un infarctus, d’une sclérose en plaque ou d’un diabète. Le savoir être du soignant, son investissement dans la relation, les mécanismes de défense qu’il déploie et ceux auxquels il est confronté seraient donc de même nature. Il ne serait ainsi pas nécessaire que le soignant apprenne à travailler sur lui-même, développe ses qualités d’insight ou s’initie à la dynamique des groupes.

    Trente ans après ce décret, au moment où les derniers ISP partent en retraite, il est souhaitable d’en tirer un bilan et quelques leçons. L’Etat aurait pu se borner à entériner les recommandations européennes en termes de contenu, d’heures de formation, d’ouverture aux sciences humaines. Il aurait pu, surtout, constatant un manque, créer une véritable formation complémentaire, un diplôme universitaire (D.U. de soins psychiatriques) comme l’ont fait quelques établissements privés (ASM XIII, La Verrière) et même la Suisse (avec le CAS et le DAS), voire créer une nouvelle spécialité infirmière. Il n’en a rien fait et n’a même jamais envisagé de le faire.

    Trente plus tard, les contentions qui étaient devenus rares voire exceptionnelles se sont banalisées. Les différents textes de lois qui visent à en restreindre l’utilisation se heurtent à un mur de méconnaissance : « On ne sait pas comment faire autrement » gémissent les infirmiers polyvalents qui imposent physiquement ces mesures et les psychiatres qui en prennent la décision. Et, de fait, comment pourraient-ils faire différemment si au cours de leurs formations initiales, cette question n’a été à aucun moment abordée ou travaillée ? Il s’agit d’une véritable perte de chance pour les patients hospitalisés. Comment concilier l’empowerment (pouvoir d’agir des usagers, autonomie) tant proclamé par les différentes strates de l’Etat et le fait, pour une personne hospitalisée d’être enfermée, attachée à son lit pendant un temps plus ou moins long ? Toute contention suffisamment prolongée a un coût cognitif, psychique (traumatisme) qui entraîne une perte d’espoir et de confiance en ses compétences. Une personne qui a été attachée ou isolée, demandera moins souvent des soins quand elle se sentira moins bien. C’est alors la confiance en l’institution psychiatrique, elle-même, qui est compromise avec les risques d’aggravation symptomatique et leurs conséquences sur la vie sociale de la personne voire pour l’ensemble de la société elle-même. Une véritable perte de chance qui devrait conduire ceux qui en sont responsables devant les tribunaux. 

    Cette suppression du diplôme d’Infirmier de Secteur Psychiatrique, et surtout des contenus de formation qui y étaient attachés, apparaît rétrospectivement, avec la suppression du CES de psychiatrie pour les médecins, comme la première attaque contre la psychiatrie en tant que discipline. Depuis 1992, on ne compte plus les textes et règlements qui réduisent, éparpillent, amputent, dénaturent le soin en psychiatrie et le secteur qui visait à soigner chacun au plus près de chez lui. Faut-il les lister au moment où leur accumulation paupérise la psychiatrie et transforme les personnes hospitalisées en citoyens de seconde zone ?

    La sociologue D. Linhart, auteure de nombreuses enquêtes et ouvrages dont le dernier « La comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale » est sorti en 2015 aux Editions érès, analyse bien ce passage. Elle note que Taylor (le père du taylorisme) avait très tôt identifié qu’au sein des entreprises, le savoir c’est le pouvoir. Il faut donc éviter quand on est manager « d’avoir des gens capables d’opposer un autre point de vue en s’appuyant sur les connaissances issues d’un métier ou de leur expérience. Si un salarié revendique des connaissances et exige qu’on le laisse faire, c’est un cauchemar pour une direction. » C’est dans cette logique que fut supprimée la formation d’ISP. Devenus aujourd’hui des seniors, ils sont « les gardiens de l’expérience, ils sont la mémoire du passé. Ça ne colle pas avec l’obligation d’oublier et de changer sans cesse. Il y a donc une véritable disqualification des anciens. On véhicule l’idée qu’ils sont dépassés, et qu’il faut les remplacer. » Il s’agit, par-là, de « déposséder les salariés de leur légitimité à contester et à vouloir peser sur leur travail, sa définition et son organisation. L’attaque contre les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) se situe dans cette même idéologie de dépossession. Ils constituaient en effet des lieux de constitution de savoirs experts opposables au savoir des directions. Les seuls savoirs experts qui doivent désormais « légitimement » exister sont ceux portés par les équipes dirigeantes où se trouvent des gens issus des grandes écoles, secondés par des cabinets de consulting internationaux. » Ce qui vaut pour l’entreprise vaut pour l’hôpital désormais géré de la même façon.

    Le rapprochement avec l’hôpital général, permis par la mise au pas des « ornithorynques » psychiatriques a transformé la psychiatrie et les soignants qui y travaillaient en variable d’ajustement. Nos unités ressemblent d’ailleurs de plus en plus à des services de soins somatiques. Ils sont traversés par des blouses blanches qui n’ont plus le temps de s’arrêter auprès d’un patient qui va mal, de lui proposer un entretien, au débotté. Ils doivent nourrir l’ordinateur, cet ogre qui nous dévore chaque jour un petit peu plus. En temps réel évidemment. Et nous notons, cotons, gavons la machine sans prendre le temps de nous arrêter pour penser.

    La clinique, attaquée par les laboratoires pharmaceutique et les experts qu’elle finance, a mis en avant la notion de trouble qui ne décrit plus d’entité clinique clairement repérée.  Le trouble bipolaire a remplacé la vieille PMD et permis de multiplier la vente d’antidépresseurs. Les troubles du spectre autistique, diagnostiqués par les Centres expert pullulent. Bientôt, comme au Japon, la schizophrénie sera remplacée par le trouble de l’intégration, qui sera, certes, un temps moins stigmatisant mais sera vite repris par les discours médiatiques dès qu’un quelconque « cannibale des Pyrénées » sortira sans autorisation. Il est à craindre que les multiples plateformes et autres numéros verts soient de peu d’utilité dès lors qu’il s’agit non plus de repérer ou de diagnostiquer mais de soigner. Le soin en psychiatrie repose sur des personnes, des soignants, des travailleurs sociaux, des médecins et des usagers qui réfléchissent ensemble, bref sur des collectifs. Nul ne soigne seul. Cette leçon, bien oubliée, de la psychothérapie institutionnelle évite nombre de mesures coercitives.

    Un comportement n’est jamais simplement ce qu’il parait être. Il existe toujours un sous-texte, un discours latent caché par le discours manifeste, discours auquel nous sommes hélas de plus en plus sourds dans des unités désertées par la réflexion psychodynamique. Empowerment, humanitude, rétablissement, virage ambulatoire, plate-forme numérique, distanciel … on ne soigne pas avec des slogans qu’on ânonne bêtement. Il faut de la présence, de la clinique et de l’écoute.   

    Stop !

    Arrêtons-nous là, on va finir par pleurer alors qu’il nous faudrait plutôt lever le poing. Nous sommes dos au mur. Nous ne pouvons plus reculer. Les jeunes infirmiers désertent de plus en plus des établissements que nos plaintes décrivent comme un long purgatoire. Savons-nous bien susciter leur désir ? Était-ce mieux avant ? Pas partout, pas toujours, pas tout le temps. C’était mieux là où nous nous battions. Et si, par dérision, nous nous sommes nommés nous-mêmes les dinosaures de la psychiatrie, nous sommes plutôt des ornithorynques, une espèce étiquetée mammifère mais qui pond des œufs, notre mâchoire cornée ressemble à un bec, nous avons la queue d’un castor et sommes à l’occasion venimeux. Nous sommes des inclassables et nous le revendiquons.

    « Ça suffit ! »

    Arrêtons de nous plaindre. Nous ne pouvons que rebondir, qu’aller de l’avant. Battons-nous !

    Ce lundi 21 mars, nous avons lu quelques textes issus d’une abondante littérature infirmière dédiée au soin en psychiatrie. Je regrette que faute de temps nous n’ayons pu découvrir ou redécouvrir ensemble les ouvrages de Blandine Ponet, Patrick Touzet, Yves Gigou, Hubert Bieser, ni les articles de Jean-Paul Lanquetin, de Serge Rouvière et de bien d’autres. Si en 1992, nous avions collectivement laissé peu de traces écrites, il n’en va plus de même aujourd’hui. Commençons par nous lire nous-mêmes, par nous critiquer pour avancer, pour explorer d’autres horizons. Sans ces lectures critiques, nous ne ferons pas reculer les isolements et contentions.

    Les Assises Citoyennes de la Santé Mentale ont rassemblé à Paris, à la Bourse du Travail, ces 11 et 12 mars plus de 500 personnes. Des motions ont été rédigées par des participants issus de toutes les couches de la société. C’est un début.

    Créons dès aujourd’hui une nouvelle psychiatrie. Proclamons l’an 01 de la psychiatrie, dès aujourd’hui, dès ce 21 mars 2022, de sinistre mémoire. On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste !

    Nous avons été des bricoleurs, nous avons utilisé des moyens détournés pour provoquer des mouvements incidents, des sauts de côté où le soin pouvait advenir et les relations se développer. Nous avons su faire avec les moyens du bord, nous avons agrégés le peu qu’on nous laissait : objets, instruments, médiations, activités de bric et de broc, nous avons accumulé des connaissances et des bouts de ficelle qui pourraient toujours servir et qui finalement servaient. Nous avons fait preuve d’inventivité, de créativité, de ruse souvent, développé une véritable poétique du soin/bricolage. Nous avons su parler avec les choses, mais aussi au moyen des choses, nous avons su faire parler les matériaux, les choses et les instruments à des fins que nous avions conçu avec les patients. Il n’était pas d’objets que nous ne pouvions détourner et investir. C’était carnaval. Pas tous les jours mais chaque fois qu’il y avait une opportunité. Nous savions saisir le Kayros par les cheveux chaque fois qu’il se pointait dans nos services, dans les rues de la ville ou lors des séjours thérapeutiques que nous organisions. Mais l’ingénieur et le comptable ont fini par nous supplanter. D. Linhart décrit bien cette appropriation de l’ensemble des connaissances détenues par les professionnels de terrain au profit des managers. Ils en ont tiré des règles, des process, des prescriptions, des feuilles de route et s’autorisent de cela pour nous dire en quoi consiste notre travail. « Il s’agit d’un transfert des savoirs et du pouvoir, des ateliers vers l’employeur, et d’une attaque en règle visant la professionnalisation des métiers. » Cette réorganisation fait émerger de nouveaux professionnels, des ingénieurs et des techniciens. Ceux-ci ont une masse de connaissances et d’informations à gérer et à organiser, afin de mettre en place des prescriptions de travail, à partir des connaissances scientifiques de l’époque.

    Ils ont asséché notre créativité à notre corps pas toujours défendant.

    Nous étions des bricoleurs, il nous faut maintenant devenir braconniers sur les terres des seigneurs de la Finance et des petits marquis du management néolibéral. Posons nos collets en douce, pour rester soignants. Faisons mentir les ordinateurs. Serpentons à travers les mailles des réseaux qu’on nous impose, collectons ce qui nous paraît utile, et composons par notre marche même, par ces rencontres singulières, rares peut-être mais riches, composons pas à pas, notre quotidien. Résistons. Chaque entretien, chaque activité que nous proposons, chaque soin même peut et doit devenir un acte de résistance. Rusons.

    L’an 01 de la psychiatrie c’est cela, du bricolage, du braconnage, du petit à petit, du pas à pas, du petit ruisseau qui fera peut-être un jour une grande rivière. Des pratiques altératives dirait Mathieu Bellahsen à l’unisson ou presque de Lévi-Strauss et de Michel de Certeau. C’est la psychiatrie qu’il nous appartient d’inventer aujourd’hui au cœur de nos unités, de nos CMP et de nos hôpitaux de jour. Avec les usagers. Leurs familles quand c’est possible. Faisons feu de tout bois. Tout ce qui n’est pas explicitement interdit est autorisé. Tout ce qui est interdit peut être détourné. 

    L’an 01 de la psychiatrie : on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste. Et d’abord rencontrons-nous pour parler, échanger autour de nos pratiques, de ce que l’on peut faire, de ce que l’on aimerait faire, des moyens de pouvoir y parvenir, de le penser, de l’organiser. Après tout, nous ne sommes pas sous des bombes russes. Nous n’affrontons jamais que des tigres de protocoles. Rassemblons-nous chaque fois que c’est possible pour échanger … à cinq, à dix, à plus. Partager nos aventures de soins, nos réflexions, nos rêves. S’entraider. Mettre nos ressources en commun. Tout seul dans ton unité tu crèves. A plusieurs on résiste, on s’épaule, on pèse. Un peu plus. Serpsy prendra sa part. Sur le site serpsy1.com, dans les unités chaque fois que vous nous inviterez.

    L’an 01 de la psychiatrie, nous y sommes. A nous de jouer !

    Faites circuler !

    Dominique Friard pour l’association Serpsy

  • La magie lente des rencontres

    La magie lente des rencontres

    Ce vendredi 1er avril 2022, le Théâtre du Chêne Noir et l’association Le Point de Capiton nous invitait à une rencontre débat autour de la pièce La Magie Lente de Denis Lachaud, avec Benoit Giros.

    Le théâtre du Chêne Noir est un des théâtres permanents qui compte en Avignon. Il est situé dans l’ancienne chapelle de l’Abbaye Sainte Catherine d’Avignon (inscrit aux Monuments historiques depuis 1974) qui a appartenu aux cisterciennes de Montdevergues (Colline et lieu-dit situé à Montfavet qui héberge le Centre Hospitalier de Montfavet). La compagnie de Gérard Gelas s’y installa en 1971. Avec André Benedetto, le dramaturge et metteur en scène G. Gelas a été un des pionniers du festival off d’Avignon. Son fils Julien, lui-même dramaturge et metteur en scène, lui a succédé.

    La couleur noire du Chêne fait référence à l’anarchie.

    Le Point de Capiton qui vient de fêter ses 30 ans, est une des associations partenaires de Serpsy en PACA. « Le Point de Capiton a pour vocation de permettre la rencontre des personnes psychanalystes ou non, qui interpellées par cette expérience de l’inconscient en quoi consiste une psychanalyse, creusent leur sillon dans des domaines où il est nécessaire d’être réveillé, dérangé, stimulé, pour que le désir de savoir ne s’efface pas devant les savoirs dogmatiques ; Champ psychanalytique bien sûr, domaine de l’art, mais aussi de la philosophie, ou de l’éducation, de la clinique médicale, comme des sciences dont on sait l’apport déterminant pour certaines, dans les avancées de la recherche en psychanalyse. Le Point de Capiton se veut espace de recherches : lieu pour travailler avec d’autres, afin que se dégagent pour chacun, à travers le trajet qui lui est personnel, ses propres interrogations, et pour que celles-ci soient une relance possible de la réflexion pour d’autres. »

    Ce 1er avril, le théâtre était donc quasiment plein pour voir la pièce La Magie Lente de Denis Lachaud. Cette magie lente, c’est celle de la cure qui voit M. Louvier retisser pas à pas les fils de sa vie. Il s’agit, pour Benoit Giros, le comédien qui l’incarne, de « révéler la lutte pour parler, la vérité qui, cachée, nous tuait à petit feu. Nous voulons faire découvrir ce chemin douloureux afin que d’autres puissent l’emprunter. […] Le texte de Denis Lachaud retranscrit implacablement les différents stades de découverte, de surprise d’une cura psychanalytique. Ce sont ces révélations qui sont le cœur du projet. Nous voulons raconter comment la vérité arrive à la surface et découvrir alors que cette histoire atroce est aussi un parcours universel qui s’adresse à tout un chacun. » Les intentions sont respectées. Benoit Giros qui interprète à la fois le narrateur, le psychiatre et le patient est remarquable. Très expressif mais toujours sobre dans ses attitudes, il fait entendre ce qui remue de l’intérieur. Ici pas d’effets, tout est en retenue. Pas de grand fou, pas d’hystérie mais un chemin qui se creuse pas à pas, au fil des séances.

    Le débat, animé par Hervé Bokobza, psychiatre et psychanalyste, ancien directeur de la clinique Saint-Martin de Vignogoul, maître d’œuvre en 2003 (avec Serpsy entre autres) des Etats Généraux de la psychiatrie, membre fondateur du Collectif des 39, Sébastien Firpy, psychologue, psychanalyste, membre de l’Appel des Appels, et Eliane Flament et Annie Haon, toutes deux membres du C.A du Point de Capiton, fut riche. Ces rencontres/débats sont toujours passionnantes. Professionnels, usagers et profanes s’y rencontrent et dialoguent. Ce fut l’occasion d’évoquer la misère actuelle de la psychiatrie et la lente élaboration permise par la psychanalyse et la psychothérapie. Aux soignants comme à ceux qui fréquentent les divans, les CMP, les hôpitaux de jour et les lieux d’hospitalisation, il faut du temps, du temps pour voir, comprendre et agir. Il faut une formation suffisamment élaborée pour entendre ce qui ne se dit qu’à peine. Il faut des structures qui permettent d’accueillir, des professionnels suffisamment nombreux. Des temps de supervision pour accepter, intégrer et digérer ce qui vient se fracasser en eux. Toutes choses que la technostructure entrepreneuriale et managériale qui sévit aujourd’hui ne permet plus.  

    Un petit buffet dinatoire fut l’occasion d’échanger mezzo voce avec les intervenants et le comédien.

    Rien de révolutionnaire mais une démarche de proximité qui privilégie les rencontres entre personnes.

    Dominique Friard

    P.S. Dans une première version de ce billet de blog, j'avais omis de présenter Annie Haon et Eliane Flament, toutes deux anciennes infirmières, devenues psychologues, de grande qualité dans leurs pratiques et dans leur éthique, et qui sont des membres actives du CA du Point de Capiton depuis des années. J'ai corrigé. Je leur présente mes excuses pour les avoir ainsi invisibilisées. 

     

  • Introduction à la Journée sur les 30 ans après la suppression du diplôme d'ISP

    Un mot de la présidente de S.E.R.PSY

    Bonjour à tous,

    Étant dans l’impossibilité de me joindre à vous pour cette journée du 21 Mars 2022, organisée par Serpsy et le théâtre de l’astronef autour de la

    « SUPPRESSION DU DIPLÔME D’isp, TRENTE ANS APRÈS QUELLE TRANSMISSION ? »

    dont le programme alléchant me fait d’autant plus regretter de ne pouvoir être présente j’avais envie de vous souhaiter une merveilleuse journée d’histoire, de récits, de rencontres, d’expérience et de partage. Puisqu’il est question de transmission, transmettons quelque chose, qui questionne, qui interpelle, qui dérange, mettons du désordre pour retrouver une curiosité, une motivation, un désir d’apprendre 

    Il ne s’agit pas de transmettre des connaissances, des techniques, mais plutôt des expériences de « petits riens ».  Notre collègue Chantal Bernard dans son article : « Qui donc coupe les têtes ? » dit à propos des infirmières « On leur a bien accordé " un rôle propre " mais on ne leur a pas pour autant reconnu la faculté de penser. L'essentiel de leur travail, ce qu'elles font hors évaluation - le relationnel, les petits riens du quotidien - n'a pas d'existence ». Pourtant, chacun de ces petits riens indicibles est une pierre à la fondation du soin. Sans eux pas d'humanité, pas de soin. La spécificité relationnelle, l’écoute, l’importance du vécu de chacun, la nécessaire prise en compte de la dimension subjective dans la rencontre sont autant de « petits riens » mobilisés dans la relation soignant/soigné.

     Je ne doute pas que vous aborderez l’importance de liens qui se tissent, d’engagements pris dans une culture du groupe avec des valeurs partagées où chacun se reconnaît comme faisant partie d’une maison commune.

    C’est aussi à rendre visibles ces petits riens que la recherche de Jean-Paul Lanquetin : « L’impact de l’informel dans le travail infirmier en psychiatrie » s’est attachée. Il souligne d’ailleurs dans son article « Le tutorat d’intégration en psychiatrie » « Dans notre métier, la production de lien, social et thérapeutique, nécessite du temps passé avec le patient à expérimenter des modalités relationnelles, puisque cette construction porte en elle des possibilités même de compréhensions, de solutions ou d’accompagnements ».

    Chaque table ronde « Avant-hier et Hier » qui vous fera sûrement voyager dans l’histoire de la psychiatrie et de ses fondateurs et précurseurs de Roumieux à Robert Clémente, la remémoration est un temps important dans le parcours de la transmission.

    « Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où on vient » écrivait Anne-Marie Leyreloup (ancienne présidente et co-fondatrice de Serpsy) dans son article « Entre hier et aujourd’hui, le métier d’infirmier en psychiatrie » L’ISP a donc un devoir de mémoire car l’histoire de la psychiatrie, c’est aussi l’histoire du sujet. L’histoire nous fait « parcourir à rebours des chemins dont nous ne percevions pas la connaissance ; elle crée des potentiels inattendus ; elle dispose en découverte ce qui est notre héritage. » Hervé Bokobza (psychiatre et psychanalyste dans son article les enjeux de la transmission en psychiatrie) Pourtant il regrette qu’on  tende « à transformer une discipline d’excellence, à savoir « extraordinaire », avec sa transmission nécessairement diversifiée et complexifiée, en une discipline ordinaire, comme les autres disciplines médicales, avec son redoutable corollaire, la transmission de savoirs jetables, c’est-à-dire la fabrication de soignants techniciens au service de l’idéologie ambiante »

    Le psychiatre Georges Daumézon qui fit sa thèse en 1936 sur les infirmiers psychiatriques, écrit que « La genèse des pratiques de soins en santé mentale repose sur une antériorité des savoirs issus de l’activité de l’infirmier sur le savoir savant des aliénistes ».

    Les tables rondes « Aujourd’hui et demain » en donnant la parole à des auteurs d’aujourd’hui (Dominique Friard, Madeleine Esther, Marie-France et Raymond Négrel en passant par Ahmed Benaïche, Virginie de Meulder et Christophe Malinowski vont donner la possibilité à ceux qui après avoir revisité le désaliénisme, la psychothérapie institutionnelle, la sectorisation auront à cœur de décoder ce qui se passe dans leur présent et d’ imaginer  un nouveau demain de la psychiatrie, voire à construire les prémisses de l’an I de la psychiatrie comme l’a nommé Dominique FRIARD (un des autres co-fondateur et vice-président  de Serpsy) dans la conclusion de cette journée

    Si, « toutes les folies ne sont que des messages », (J.M.Jadin Psychiatre, Psychanalyste) , merci à tous les comédiens présents à cette journée d’être les porteurs de ces messages, les interprètes  mais aussi les provocateurs, les empêcheurs de penser en rond , les fossoyeurs de la protocolisation abusive et de la réduction du soin psychique au symptôme et à la molécule. Merci d’être les conteurs des expériences collectives et des parcours singuliers

    Merci d’avance à Frank qui nous permettra par ses images de témoigner et de nous souvenir...

    Je conclurai par une autre citation de Bokozba : « La technique peut produire une culture de gratification immédiate, vecteur essentiel de l’apparition du DSM, voire du culte de la DMS (durée moyenne de séjour) où, hélas, bon nombre de psychiatres se sont engouffrés, aveuglés par l’idéologie ambiante : vite fait bien fait, plus c’est court mieux c’est, le temps est compté, nous sommes efficaces, performants, pragmatiques, transparents. Preuve que la folie continue à faire peur aux psychiatres… Renoncer à interroger la complexité du fonctionnement psychique et les limites mêmes de cette interrogation nous renvoie à devenir, à notre insu voire de notre plein gré, des courroies de transmission d’un système qui, par tous les moyens, concourt à promouvoir le système binaire comme référent unique du fonctionnement humain ; le slogan martelé du bon usage des soins a un unique soubassement : la maîtrise, qu’elle soit comptable, ou psychique. »

    Jacqueline Fontaine, Mars 2022.

  • Lecture publique, 16 juillet à 16 heures

    Sans cont@ct (extrait)

    D. Friard

     

    On n’invitait plus les morts à table.

    En ce temps déraisonnable

    Chacun était l’ennemi de chacune.

    Une main tendue, ouverte

    N’était la garantie de rien.

    Jusqu’au salut entre nous, tombé sans bruit

    Au milieu des hourrah vespéraux.

    Des baisers prohibés jusqu’au shake-hand redouté,

    Le danger était partout.

    Les emballages recelaient des pièges redoutables

    Les poignées de portes abritaient le Jesse James des virus

     

    Lecture publique Dominique Friard, Madeleine Jimena Friard

     

    Vendredi 16 Juillet- 16 heures

     

    Maison de la poésie

     

    6 rue Figuière - AVIGNON

    04 90 82 90 66

     

    Entrée 3 euros

     

     

  • Suppression du diplôme d'ISP, trente ans apprès quelle transmission ?

    Programme de la  journée 

    8 h 30 Accueil des participants

    Mots de bienvenue : Thierry Acquier, Directeur du Centre Hospitalier Edouard Toulouse

    9 h : Introduction : André Péri, ISP, Responsable de l’Astronef, Edouard-Toulouse

    Cette journée est basée sur le principe de la lecture de textes écrits par des infirmiers qui travaillent en psychiatrie par les comédiens associés à l’Astronef. Il s’agit tout autant de les écouter, de les entendre et de rebondir pour nourrir nos réflexions d’aujourd’hui. Choisir des textes fut difficile. Nous avons fait le choix de proposer aux comédiens des textes qu’ils auraient plaisir à lire, des textes à se mettre en bouche et à partager de vive voix, des textes à incarner. Bien d’autres textes auraient pu être choisis tant est grande la richesse de la littérature infirmière en psychiatrie.

    9 h 15 Avant-hier- Naissance d’une profession

    • Témoignage de Marius Bonnet, dans la revue Esprit (1953). Infirmier à Saint-Alban, il fut avec son compère Louis Gauzy, le premier infirmier à intervenir à un congrès de psychothérapie. C’était à Barcelone en 1958. Leur intervention portait sur le Rorschach. A lire : La fête votive de 1957 à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban [1] Marius Bonnet, Louis Gauzy, Roger Gentis, Vie Sociale et Traitement, n° 142, pp. 113-117. « Ce texte décrit, du point de vue de trois professionnels, la manière dont étaient organisées les fêtes à l’hôpital de Saint-Alban dans les années 1950. À travers l’exemple de la fête votive, il expose le déroulement des différents temps et leur préparation. Il montre aussi l’objectif de ces fêtes : créer une ambiance spécifique et engager les malades dans une activité sociale extraordinaire, facteur de mouvement. »

    • Déclaration des infirmiers de l’Aerlip au congrès d’Auxerre (1974). Pendant deux ans, les infirmiers psychiatriques de toute la France travaillent en liaison avec les psychiatres responsables du 72ème Congrès de Psychiatrie et Neurologie de langue française qui doit se dérouler à Auxerre en septembre 1974. Ils rédigent un rapport sur le rôle et la formation du personnel (sic) psychiatrique mais ne sont pas autorisés à participer à la discussion qui doit se dérouler entre psychiatres. Près de 400 d’entre eux font irruption au Congrès. La profession naît véritablement ce jour-là. On retrouve les noms de Jean-Pierre Vérot, Hubert Bieser, André Roumieux et de bien d’autres, aujourd’hui oubliés. Des infirmiers psychiatriques prennent la parole (serpsy1.com)

    • Premières visites à domicile, André Roumieux, extrait de « La tisane et la camisole » (1981). André Roumieux (1932-2020) a été infirmier psychiatrique à l'Hôpital psychiatrique de Ville-Évrard pendant trente-six ans. Il était surtout connu pour avoir publié, en 1974, « Je travaille à l’asile d’aliénés »4 , une description vivante et fouillée du soin et du travail infirmier en psychiatrie à Ville-Evrard, dans les années 50-70. Le premier « best-seller » écrit par un infirmier psychiatrique. Il avait poursuivi avec « La tisane et la camisole » en 19815. Il y racontait les premières visites à domicile des années 70 et faisait retour à son village pour y montrer comme on pouvait y être accueillant avec les « fous ».  Savoir qui lui a beaucoup servi dans sa pratique d’infirmier puis de cadre.

    Discutants : Benjamin Villeneuve, IDE, Formateur, Chercheur associé au laboratoire IHM (Institut des Humanités en Médecine) actuellement en thèse de doctorat auprès de Prof. Marie-Claude Thifault de l'Université d'Ottawa et de Aude Fauvel à l'IHM, vient de recevoir le Prix Marion McGee de l'Université d'Ottawa pour "le savoir exceptionnel et l’application de concepts théoriques innovateurs dans la pratique et la recherche», Dominique Friard, ISP, Formateur, épistémologue, il vient de publier un nouvel ouvrage : « Raisonnement clinique en psychiatrie », chez Seli Arslan.

    Il ne s’agit pas ici de simplement rendre hommage à des combats, à des ancêtres mais de se demander aussi comment naît (et meurt) une profession, comment elle manifeste son utilité sociale, comment elle occupe son propre espace. Cette question vaut aussi pour nos collègues spécialistes cliniques et IPA.  

    Echanges avec la salle

    10 h 45 Pause

    11 h Hier

    • « Le tout, c’est de s’inviter ! », Robert Clémente, extrait de « Rhapsodie en psy bémol », 2016. Robert Clémente, aujourd’hui retraité mais toujours actif, raconte dans son ouvrage son temps de formation à l’APHM, ses rencontres et ses petites inventions. Les élèves infirmiers apprenaient alors leur métier en immersion, sur le tas, avant de débuter les cours. « Nous étions tous désolés : « Tu sais bien que ce sont des voix Georges, les médicaments vont les combattre ! C’est pour ton bien, tu sais bien que le traitement est important … » […] Le besoin de parler en réunion de cet incident était unanime. Nous étions bouleversés. »  

    • « Bienvenue à l’hôpital psychiatrique ! », Philippe Clément, extrait de Bienvenue à l’hôpital psychiatrique ! », 2007. Infirmier en psychiatrie, diplômé en anthropologie et ancien membre d’Advocacy-France, Philippe Clément a partagé ses expériences professionnelles entre sa pratique d’infirmier et l’enseignement en anthropologie. Ces deux approches cohabitent dans les deux ouvrages qu’il a publié : « J’ai longuement tourné et retourné dans mon esprit cette question du soin en psychiatrie ; parce que je voulais identifier l’objet, le circonscrire, afin sans doute de le traduire en un ensemble de pratiques cohérentes et rationnelles le rendant plus aisément observable. En vain. Quand tout est censé être, en soi, thérapeutique, le risque est que plus rien ne le soit vraiment. De même que la loi, dans l’institution psychiatrique, est un concept fluide, le soin est un concept aux contours incertains. »

    • « Al Wârith, la chercheuse d’âme et le bâton magique », Marie Rajablat, extrait de « Mille et un soins infirmiers en psychiatrie », 2019. Co-fondatrice de l’association Serpsy, « Marie Rajablat est écrivain et infirmière de secteur psychiatrique à Toulouse. Citoyenne du monde, curieuse des gens et de leurs us et coutumes, elle aurait pu être navigatrice, éthologue, cinéaste, historienne, couturière, conteuse... Au lieu de cela, elle a été infirmière de secteur psychiatrique, clinicienne, chercheuse et enseignante. Elle a exercé son métier dans toutes sortes de lieux, des plus classiques aux plus baroques, en France et à l'étranger, de la façon la plus fantaisiste et la plus sérieuse. Pour SOS Méditerranée, elle a écrit « Les naufragés de l’enfer », un livre de témoignages recueillis à bord de l’Aquarius. »

    Discutants : Olivier Esnault, ISP, Edouard-Toulouse, Pascal Levy, Educateur Spécialisé, Valvert, Robert Clémente.

    Les trois auteurs choisis ont en commun d’être tous infirmiers en 1992, au moment où le diplôme d’ISP est supprimé. Aucun des trois ne s’est arrêté, chacun a sa façon a combattu pour un soin de la meilleure qualité possible, avec ses ressources en créativité, son engagement, à l’hôpital psychiatrique et en dehors. L’un a milité avec Advocacy-France, un autre est proche de la Ligue des Droits de l’Homme où il a participé récemment à un débat sur le thème psychiatrie et droits de l’homme, une autre enfin milite pour l’humanitaire, en Palestine et à Toulouse. Le discutants évoqueront non seulement la lutte des ISP contre la suppression de leur diplôme mais aussi l’engagement des soignants dans la vie sociale.

    Echanges avec la salle

    12 h 30 Repas

    13 h 45 Aujourd’hui. « On n’est pas sorti de l’auberge »

    • « Besoin d’hommes », Dominique Friard, 1998. Infirmier de secteur psychiatrique, Dominique Friard, est superviseur d’équipes dans le Sud de la France, rédacteur-en-chef adjoint de la revue Santé Mentale depuis 2001. Il est, en France, le premier soignant à avoir publié sur la chambre d’isolement et ainsi contribué à briser le tabou qu’elle représentait.

    • « Hier j’ai donné ma démission ! », Madeleine Esther, extrait de « J’ai retrouvé mon grand-père à l’hôpital psychiatrique », 2016. Infirmière, comédienne et metteure en scène, Madeleine Esther a longtemps mené ses deux carrières de front, avec bonheur (lorsqu’elle travaillait à l’ASM XIII, à la policlinique). Elle a aussi exercé dans des lieux où sévissait la violence institutionnelle (dans le Loiret et dans le sud de la France). Sa pièce de théâtre évoque la dégradation des conditions de soins, la montée en puissance des pratiques de cotation des actes et sa démission retentissante d’un lieu où le soin n’était plus la priorité.

    • « Monsieur Behti », Marie-France et Raymond Negrel, extrait de « Résistance et travail de rue », 2019. Raymond et Marie-France Negrel, tous deux retraités ont exercé au CHET. Aujourd’hui, ils se sont investis avec Médecins du Monde, auprès des Sans Domicile Fixe marseillais. La rencontre avec M. Behti rassemble les deux vies de Marie-France, une belle rencontre dans la durée racontée dans le cadre d’un ouvrage collectif où les différentes voix d’un collectif s’harmonisent.

    Discutants : André Péri, ISP, Edouard-Toulouse, Hervé Karagulian, IDE, Edouard-Toulouse

    La psychiatrie, ses modes de réflexion, les soins qu’elle met en place, le lien entre les différents professionnels, les collectifs, les moyens qu’elle déploie ont bien changé. La pandémie multipliée par les suppressions de lit a aggravé encore le diagnostic posé sur l’organisation des soins. Tout est-il, pour cela, à jeter dans ces évolutions contemporaines ? Comment penser ces (in)évolutions ?

    Echanges avec la salle

    15 h 15 Pause

    15 H30 : Demain

    • « Les petits bonheurs du soin », Virginie de Meulder, 2021. IDE Virginie a fait des études de littérature avant de devenir infirmière. Ses textes sont truffés de références. Elle publie depuis plus de quinze ans ces petits bonheurs du soin, petits moments de grâce. Belles rencontres avec des enfants, des adolescents qu’elle nous invite à voir autrement.

    • « Au Cmp en temps de Covid », Ahmed Benaïche, 2020. IDE à Valencienne, Ahmed a fait la formation de spécialiste clinique proposée par ISIS puis un master clinique à l’université de St Quentin en Yveline (Ste-Anne) fondée par Philippe Svandra et Mireille Saint—Etienne. Il a publié sur le site de la Revue Santé Mentale, le pas à pas et le au jour le jour des soins pendant le confinement.

    • « Germaine », Christophe Malinowski, 2020. IDE à Toulouse, Christophe écrit des chroniques où il met en scène Germaine, une ISP, qui amène son savoir y faire aux soignants plus jeunes qui travaillent avec elle. Un bel hommage aux ISP et un regard au scalpel sur les situations de soin que l’équipe doit affronter.

    Discutants : Dominique Testard, directeur des Services Financiers CHET, Eric Ihuel, IPA, Montfavet (84), Ahmed Benaïche, Infirmier Spécialiste clinique, Valencienne (59).

    De quoi le demain de la psychiatrie sera-t-il fait ? Les ISP sont voués à disparaître, qui les remplacera ? Les spécialistes cliniques, les IPA, des IDE qui s’appuieront sur des D.U. ou un master à créer ? Personne, la psychiatrie n’étant plus qu’une branche de la neurologie ?

    Echanges avec la salle

    Conclusion : L’an 01 de la psychiatrie, Dominique Friard

    Nous sommes dos au mur, condamnés à nous plaindre perpétuellement jusqu’à devenir inaudibles. Devenons des braconniers, proclamons l’an 01 de la psychiatrie : « On arrête tout, on réfléchit et ce n’est pas triste » comme le mettait en œuvre le dessinateur Gébé dans Charlie Hebdo au cours des années 70.

    L'An 01 (bande dessinée) — Wikipédia (wikipedia.org)

    17 h : Fin de la journée

  • l'Asile est en chacun de nous

    L'Asile est en chacun de nous !

    Roger Gentis, un de ces psychiatres, qui se sont élevés contre l'enfermement asilaire et une pratique psychiatrique aussi pauvre que répressive, un de ces psychiatres qui pensait, comme Oury que les infirmiers n'étaient pas plus cons que les psychiatres ou les psychologues, Roger Gentis donc écrivait ces lignes en 1973. Au moment de célébrer les 30 ans de la suppression du diplôme d'ISP, à une époque où les contentions fleurissent (par exemple au Centre de Santé Mentale de Lens) comment ne pas y penser ? 

    " Depuis trente ans, tout changement a été conquis de haute lutte, toute évolution a été l'oeuvre d'une minorité agissante, se battant pied à pied contre la coalition de tous les gens installés, qu'il s'agisse de nantis, de fonctionnaires ou de malades chroniques, -et de tous les gens raisonnables, de tous les prudents, de tous les zombis, de tous ceux qui prennent leur trouille pour la plus haute expression de la sagesse.

    Depuis trente ans, toute conquête est restée précaire. Il suffit d'un changement de médecin, en six mois dix ans de travail sont effacés, en six mois la répression s'est abattue, les infirmiers qui s'étaient mouillés serrent les dents et font le poing dans leur poche, l'Asile renaît toujours triomphant de ses cendres. Les plus lucides (infirmiers et médecins) savent bien qu'on se remet aisément à attacher les malades, qu'il faut se surveiller sans cesse pour ne pas recréer l'Asile.

    L'Asile est en chacun de nous. Comme le racisme. Toujours en sommeil jamais mort. Toujours prêt à retrouver toute sa virulence". 

    Roger Gentis (1928-2019), " La psychiatrie doit être faite/défaite par tous"

    Editions Maspéro, Paris, 1973.

     

     

     

     

  • Comment le masque modifie-t-il la communication avec le patient ?

    Comment le masque modifie-t-il la communication avec le patient ?

     

    Laurette Mira, cadre de santé, a publié dans le numéro 98 de la revue "Soins Aide-soignante" (Janvier-Février 2020) un article intitulé : "Au-dessus du masque, des yeux qui parlent". Elle y écrit que la Covid 19, par l'obligation du port du masque et l'importance des gestes barrière, a modifié le relation soignant-soigné, surtout chez les personnes les plus sensibles aux mimiques. Les soignants ont dû alors moduler leur voix et appuyer leur regard pour faciiliter la communication. 

    Elle commence par brosser rapidement l'histoire du masque en médecine (de la peste noire aux travaux de Johann von Mikulicz-Radecki et Carl Flügge). Elle décrit ensuite les bouleversements occasionnnés par la Covid 19. "Les soignants peuvent se trouver en difficulté selon le contexte de la relation, l’organisation et les conditions de travail. Ils prennent en charge un plus grand nombre de patients, multipliant les soins, trop souvent au détriment de leur disponibilité auprès des patients. Les conditions de travail, les gestes barrière, le port du masque, la distanciation altèrent la communication verbale et non verbale entre soignant et soigné. De plus, cela génère de l’insatisfaction, de l’incohérence, et peut conduire à de l’agressivité." Nombre d'entre se retrouveront dans ces propos. 

    Quarante-trois  muscles contribuent à 10 000 expressions dont 3000 porteuses de sens. La relation soignant-soigné étant une relation à visage découvert, le port du masque modifie nécessairement l'expression, la compréhension des mimiques et du soignant et du patient. Les risques d'incompréhension sont grands. " Le masque prive les soignants du contact direct, il modifie leur façon de partager ce qu’ils ont à dire. Ils sont contraints de répéter à plusieurs reprises, de hausser la voix, d’utiliser plus de mots pour remplacer ce que le visage exprimait de lui-même." Comment s'en débrouiller ? 

    Laurette Mira ouvre quelques portes : " Les codes de communication sont à réinventer, les valeurs soignantes ont été remises en cause. Le contact par le toucher, sans être totalement absent, doit être le moins fréquent possible et intégralement tourné vers le soin. Les yeux des soignants sont plus expressifs et, surtout, mis en valeur par le port du masque. Ce regard doit accompagner la parole, car le soigné ne comprend pas toujours ce qui est dit. En effet, la voix est feutrée et, souvent, selon l’intonation et la diction, certains sons sont escamotés. La personne soignée regarde le soignant et l’expression de ses yeux, qui transmet ce qui n’est pas compréhensible."

    Et vous, comment vous en êtes-vous accomodés ? Avez-vous eu recours à quelqu'astuce ou ruse de métier ? 

    Pas de grande théorie mais juste de petites choses, du trois fois rien qui permet de s'adapter aux situations. Le soin c'est ça ... aussi. 

     

    Un grand Merci à Christine Paillard pour m'avoir signalé cet intéressant texte que je n'ai fait que synthétiser.

     

    Dominique Friard

     

     

     

  • Trente ans après la suppression du diplôme d’ISP, quel passage de témoin ?

    Trente ans après la suppression du diplôme d’ISP, quel passage de témoin ?

     

    Argumentaire

    Les uns après les autres, en PACA comme ailleurs, les infirmiers de secteur psychiatrique (ISP) partent à la retraite. Ils ont contribué au déploiement du soin vers la cité, ouvert les premières structures de soins ambulatoires (CMP, Hôpitaux de jour, CATTP, Appartements thérapeutiques, Centres d’Accueil et de Crise, Clubs Thérapeutiques, etc.), arpenté les rues de nos villes où ils accompagnaient les détresses sociales et psychologiques, ils ont animé des activités de médiation, se sont également mobilisés dans le temps plein hospitalier pour la régulation de l’agressivité et de la violence, reléguant souvent la camisole et autres contentions au musée des vieilleries psychiatriques, certains d’entre eux ont théorisé leur pratique. Trente ans après la suppression de leur diplôme et des études qui le validaient, que reste-t-il de ces avancées ? Qu’est devenue la psychiatrie ?

    Le temps du bilan est arrivé. Entre savoir-faire, savoir être et « savoir y faire (avec la folie) », de quelle nature sont les connaissances qu’ils ont apporté à la discipline psychiatrique ? Sont-elles menacées de disparition ? Comment assurer leur transmission alors que ceux qui les ont forgées quittent les soins ? Qu’en-est-il aujourd’hui de la formation au soin en psychiatrie ? Qui la porte ? Les rares formations d’infirmiers cliniciens ? Les I.P.A ?

    Nous vous proposons de brasser toutes ces questions lors de notre colloque du 21 mars 2022 qui se déroulera à l’Astronef au C.H. Edouard-Toulouse, à Marseille. Ni réunion d’anciens combattants, ni commémoration d’une mort annoncée mais passage de témoin, cette journée se veut résolument tournée vers l’avenir. Quel avenir pour le soin en psychiatrie ? Quelle formation ? Quels professionnels ?

    Divisée en quatre temps : avant-hier, hier, aujourd’hui et demain, cette journée nous donnera l’occasion de voir grandir une profession, de partager ses combats, ses échecs et ses réussites et nous permettra d’évaluer ce qu’elle laisse en héritage à ses successeurs. Des textes écrits par des infirmiers seront lus par les comédiens associés à l’Astronef. Cette littérature dédiée aux soins nourrira nos propos et nos réflexions.

    Association Serpsy et l’Astronef

     

    Programme

    8 h 30 Accueil des participants

    Mots de bienvenue :

    9 h : Introduction : André Péri, ISP, directeur de l’Astronef, Edouard-Toulouse

    9 h 15 Avant-hier

    Témoignage de Marius Bonnet, dans la revue Esprit (1953)

    Déclaration des infirmiers de l’Aerlip au congrès d’Auxerre (1974)

    Premières visites à domicile, André Roumieux, extrait de « La tisane et la camisole » (1981)

    Discutants : Benjamin Villeneuve, IDE, Formateur, Chercheur associé au laboratoire IHM (Institut des Humanités en Médecine), Dominique Friard, ISP, Formateur, épistémologue.

    Echanges avec la salle

    10 h 45 Pause

    11 h Hier

    « Le tout, c’est de s’inviter ! », Robert Clemente, extrait de « Rhapsodie en psy bémol », 2016.

    « Bienvenue à l’hôpital psychiatrique ! », Philippe Clément, extrait de Bienvenue à l’hôpital psychiatrique ! », 2007

    « Al Wârith, la chercheuse d’âme et le bâton magique », Marie Rajablat, extrait de « Mille et un soins infirmiers en psychiatrie », 2019.

    Discutants : Olivier Esnault, ISP, Edouard-Toulouse, Pascal Levy, Educateur Spécialisé, Valvert.

    Echanges avec la salle

    12 h 30 Repas

    13 h 45 Aujourd’hui

    « Besoin d’hommes », Dominique Friard, 1998

    « Hier j’ai donné ma démission ! », Madeleine Esther, extrait de « J’ai retrouvé mon grand-père à l’hôpital psychiatrique », 2016.

    « Monsieur Behti », Marie-France et Raymond Negrel, extrait de « Résistance et travail de rue », 2019

    Discutants : André Péri, ISP, Edouard-Toulouse, Hervé Karagulian, IDE, Edouard-Toulouse

    Echanges avec la salle

    15 h 15 Pause

    15 H30 : Demain

    « Les petits bonheurs du soin », Virginie de Meulder, 2021.

    « Au Cmp en temps de Covid », Ahmed Benaïche, 2020.

    « Germaine », Christophe Malinowski, 2020.

    Discutants : Dominique Testard, directeur adjoint, Edouard-Toulouse, Eric Ihuel, IPA, Montfavet (84), Ahmed Benaïche, Infirmier Spécialiste clinique, Valencienne (59).

    Echanges avec la salle

    Conclusion : L’an 01 de la psychiatrie, Dominique Friard

    17 h : Fin de la journée

    Les textes seront lus par les comédiens et conteurs attachés à l’Astronef.

     

    Le colloque, organisé par l’association Serpsy (Soins Etudes et Recherches en Psychiatrie) et l’équipe de l’Astronef, se déroulera à l’Astronef, au Centre Hospitalier Edouard-Toulouse, à Marseille (13).

    Les frais d’inscription au colloque sont les suivants :

    • Prix  : 100 euros

    Ces frais d’inscription comprennent la participation à la journée et le repas de midi.

    Inscription en ligne sur : serpsypaca@gmail.com

    Par le biais de votre service de formation continue. Vous devez suivre la procédure de votre établissement pour toute demande de colloque dans le cadre de la formation continue.

    Le référentiel national qualité Qualiopi oblige désormais chaque stagiaire inscrit à la formation à se soumettre à des procédures de positionnement et d’évaluation des acquis avant et après la formation

    Ces différents documents vous seront envoyés par messagerie avec votre convocation, lors de votre inscription. A charge pour vous, de les remplir et de nous les renvoyer. 

    Accessibilité

    Les Colloques Serpsy sont accessibles PMR et RQTH

    Contactez si besoin notre référente handicap : Madeleine Jimena Friard, 06 14 65 39 99, madeleine_esther@yahoo.fr

    Formation continue n° 76341112134 (ne vaut pas agrément de l'Etat)
    Datadock n°    43191078500010

    L’association Serpsy est certifiée Qualiopi 2101241.1

     

  • Soutien aux collègues psychologues

    Serpsy soutient la lutte de nos collègues psychologues

     

    COMMUNIQUÉ

    Convergence des Psychologues en Lutte (février 2022)

    Nous, membres des associations, collectifs, collèges, inter-collèges, syndicats signataires de ce communiqué, nous sommes réunis le samedi 29 janvier 2022 à Paris à la Mairie de Montreuil pour combattre les réformes délétères du Ministère de la Santé conduisant à une disqualification de notre profession de psychologue et à une dévalorisation sociale des praticiens qui l’exercent.

    Plus de 7000 collègues en présentiel, Zoom ou YouTube, en direct ou en replay (à l’heure de cette publication), ont participé à cette journée nourrie par une soixantaine de contributions.

    À l’unanimité les participants ont déploré les dernières mesures gouvernementales qui installent des dispositifs de contrôle des actes professionnels, lesquels témoignent de l’ignorance totale de nos métiers, en vident le sens et la substance, livrent les patients et leurs familles à une prise en charge uberisée et maltraitante. Ces coups de force successifs qui opèrent par des rapports et des recommandations diverses et variées détruisent l’éthique et la pratique de nos métiers, bafouent la dignité des praticiens qui les exercent concrètement, ne sont plus acceptables.

    Il en est ainsi du dispositif de remboursement de soins psychologiques standardisés et taylorisés, limités de manière arbitraire et absurde à huit séances payées à des tarifs inadaptés. Ce dispositif démagogique n’a été construit et imposé qu’à des fins électoralistes. Alors qu’il eut suffi d’augmenter le nombre de postes de psychologues dans le service public, comme dans le secteur privé qui participe aux missions de santé publique (et avec un salaire digne et non pas misérable !), l’État compte asphyxier les psychologues libéraux comme il a asphyxié le service public.

    Nous avons décidé de créer une Convergence des organisations de psychologues praticiens véritablement représentative de la profession, plurielle dans ses références et ses pratiques, pour permettre de fédérer notre profession, de refuser son massacre mis en œuvre actuellement par des logiques purement comptables et technocratiques, aveugles et ignorantes des soins psychiques dont la récente pandémie a révélé au grand jour l’urgence. La casse de notre profession rejoint la destruction de bien d’autres métiers, notamment dans les services publics. Et notre Convergence est solidaire de l’ensemble des mouvements, dans le champ de la psychiatrie comme de l’hôpital en général, du médico-social, de la justice, de l’éducation et autres encore, qui luttent pour sauvegarder une approche humaine et éthique des pratiques sociales.

    *** Nous demandons l’arrêt de la casse des institutions de soin, dans le secteur hospitalier comme dans le secteur médico-social, l’arrêt de la fermeture des services de psychiatrie dans la fonction publique hospitalière, l’embauche pérenne de soignants et notamment de psychologues dans ces établissements, à hauteur des besoins de la population.

    Nous demandons fermement l’arrêt immédiat de la mise en place du dispositif « Mon Psy Santé », le retrait des divers décrets et arrêtés relatifs aux plateformes qui font violence aux soignants comme aux patients.

    Nous appelons l’ensemble des psychologues à boycotter ces dispositifs inadaptés et méprisants, afin qu’ils soient retirés, et que le Gouvernement engage ensuite une réelle réflexion avec les organisations réunies dans cette Convergence pour envisager des modalités de prise en compte de la souffrance psychique qui soient respectueuses des psychologues et des patients qui les consultent.

    Nous appelons toutes les organisations de psychologues praticiens (associations, collèges, inter-collèges, collectifs, syndicats…), de toutes orientations ou spécialités, mais aussi toutes les organisations d’enseignants-chercheurs et d’étudiants en psychologie, à rejoindre cette Convergence pour défendre notre profession de psychologue.

    Appel des appels - Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive - Association Lire Dolto Aujourd’hui - Association des psychologues freudiens - Collectif des 39 - Collectif National Inter-Collèges des psychologues hospitaliers - Collectif des Psychologues Ariégeois - Collectif Psychologues Citoyens - Collectif des Psychologues du 49 - Collège des Psychologues de l’Arisse - CoPsy-GO ! - Espace analytique - École de la Cause freudienne (Soutien à la Convergence des psychologues) - Inter-collèges IDF - Inter-collèges Nord-Pas-DeCalais - Inter-collèges PACA - Inter-collèges des psychologues Languedoc-Roussillon - Les Signataires Collectif POP - M3P - Manifeste des Psychologues cliniciens et des Psychologues Psychothérapeutes - Syndicat National des Psychologues - Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse - Unsa-Santé, Serpsy. 

    Communiqué Convergence.pdf

     

  • Trente ans après, qu'est devenu le soin en psychiatrie ?

    Trente après, qu'est devenu le soin en psychiatrie ?

    Le 23 mars 2022, les infirmiers de secteur psychiatrique (ISP) commémoreront le trentième anniversaire de la suppression de leurs études et de leur diplôme. Cette extinction d'une profession pourrait n'être qu'une péripétie historique si elle ne s'était accompagnée de l'effacement (voire de l'invisibilisation) d'un champ entier de savoir qui manque cruellement aujourd'hui. La multiplication des isolements et contention (et l'impossibilité même de penser soigner sans), la raréfaction des activités de médiation sont là pour nous le rappeler. 

    L'association Serpsy (Soins, Etudes et Recherche en Psychiatrie) invite ceux que ça intéresse à commémorer cet évènement autour de la question : "30 ans après, qu'est devenu le soin en psychiatrie ?" 

    Différents évènements seront organisés en mars, notamment à l'Astronef, à Edouard-Toulouse à Marseille (13).  

    Des conférences, oui ! Des lectures d'ouvrage écrits par des ISP , oui ! Des débats, oui ! Des pièces de théâtre, oui ! Des manifestations, oui ! Des sittings. Des meetings. Des initiatives en tous genres pour montrer que nous sommes toujours vivants !

    Saurons-nous dire non à la psychiatrie couchée, à la psychiatrie des bien assis et à leurs Assises bien proprettes, où tout est soigneusement planifié de telle sorte que rien ne déborde ?  

    Que vive la psychiatrie des poings levés, avec des soignants et des usagers debout (et non plus sanglés à leur lit) ! 

    Ecrivez-nous, racontez-vous, racontez-nous ! 

     

    D. Friard, pour l'association Serpsy ! 

     

     

     

     

  • Pierre Delion, Liberté de penser, de circuler, de débattre

    Liberté de penser, de circuler, de débattre

    Pierre Delion

    Novembre 2020

    Le vote de la loi sur la liberté de la presse met en évidence les difficultés que rencontre le pouvoir actuel dans son rapport avec les libertés en général, sous le prétexte de la protection des personnes, en l’occurrence, ici des forces de l’ordre. Or, s’il est un pouvoir, le quatrième, qui conditionne les libertés, c’est bien celui de la presse.

    En effet, l’information des citoyens est consubstantielle à la démocratie, car, sans un éclairage le plus objectif possible sur les grands évènements du monde, sur les accidents de l’histoire, mais également sur les faits qui émaillent nos vies quotidiennes, la capacité de jugement de chacun ne peut s’exercer librement, et dans ce cas, les mécanismes authentiques de la représentativité ne sont plus opérants. Or, les journalistes et tous ceux qui participent peu ou prou à notre information citoyenne, sont les garants de ce processus fondamental. S’ils ne sont plus libres de penser, de circuler et de débattre, les informations qu’ils rapportent deviennent de facto tronquées, incomplètes, partielles puis partiales. Il est donc de la plus grande importance de garantir ces droits pour que nous puissions nous forger des opinions sur l’avancement du monde. Il est même étonnant que des responsables politiques de haut niveau, tels qu’un ministre de l’Intérieur se voit rappeler de telles évidences. Mais si j’insiste sur ces valeurs, ce n’est pas pour en tirer un quelconque discours moralisateur, plutôt pour redire que cette position de défense absolue de ces libertés fondamentales n’est pas facile à assumer, et qu’elle peut nous coûter quelques déboires.

    Pour avoir personnellement vécu une expérience douloureuse dans ce domaine, l’enregistrement de mon point de vue sur autisme et psychanalyse, tronqué par la suite à des fins partisanes par une vidéaste agissant selon les méthodes de Leni Riefenstahl, mais sans en avoir le talent, j’avais personnellement choisi de ne pas porter plainte contre elle, précisément en raison de la liberté de la presse, considérant qu’au delà de la malhonnêteté intellectuelle de la soi disant documentariste, je n’avais pas, et je l’ai regretté ensuite, pris les précautions suffisantes pour préserver cet enregistrement de toute manipulation, fût-elle perverse. D’ailleurs, ceux qui, parmi nous avaient décidé de le faire, ont perdu leur procès. Je ne m’en réjouis pas, loin s’en faut, car si la liberté de la presse est sacrée, la perversion elle, aurait due être épinglée, mais cet épisode douloureux m’a permis de comprendre le rôle fondamental de ceux qui sont chargés de notre information dans un pays démocratique : soit ils utilisent la liberté de la presse pour fabriquer des désinformations répondant à leurs visées, dans une sorte d’hystérisation idéologique des points de vue empêchant tout débat démocratique digne de ce nom, soit ils s’appuient sur elle pour informer nos concitoyens de la réalité de ce qui se passe, en prenant des risques calculés, qui sont à l’honneur de la profession de journaliste, et en nous proposant à partir de leur enquête une réflexion basée sur des faits avérés.

    Bien sûr, tous les citoyens doivent être protégés par l’Etat et ses représentants, tant qu’ils se comportent conformément aux lois en vigueur, mais protéger les policiers et les gendarmes de ce qu’ils peuvent accomplir-en réalité- dans l’exercice de leurs fonctions, revient à accepter que certains acteurs de notre vie démocratique seraient protégés quand d’autres, les soignants, les enseignants, les reclus, ne le sont pas suffisamment. Or cette exception n’est pas envisageable dans un Etat de droit. L’histoire choquante de ce producteur de musique tabassé et accusé à tort par quelques policiers ces derniers jours vient dire à quel point la liberté peut être menacée dans notre « démocratie », de l’intérieur même du corps de ceux qui sont censés la défendre.

    Mais voilà, sommes-nous bien encore dans un Etat dans lequel le droit est un bien commun qui garantit le respect de l’égalité devant la loi ? Sommes-nous d’ailleurs toujours en démocratie, où ne sommes-nous pas en train de passer « sans autre forme de procès » à une société post-démocratique dans laquelle, le droit fonctionnerait pour certains et pas pour d’autres ?

    S’agissant de la liberté de penser, au sein même de notre Education Nationale, n’a-t-il pas été question de retirer du programme des références fondamentales telles que Marx et Freud  de la réflexion philosophique d’aujourd’hui ? A quand Darwin pour ne pas fâcher ceux qui sont opposés à la théorie de l’évolution ?

    Si je prends un exemple que je connais mieux en raison de mon expérience professionnelle, celui de l’autisme infantile, je mesure que dans ce domaine, ce n’est pas le droit qui prévaut depuis longtemps déjà, mais la loi du plus fort. En effet, les textes que les décideurs appliquent avec une rigueur implacable, sont le résultat de groupes de pression qui ont obtenu par leur lobbying efficace des modifications radicales dans la politique en faveur de l’autisme en France. Si dans ces textes à valeur officielle, un grand nombre d’éléments sont très utiles pour les personnes autistes, et nous nous sommes réjouis de les voir énoncés clairement comme nous le souhaitions depuis longtemps (précocité des interventions, travail avec les parents et la fratrie, augmentation des places dévolues à la prise en charge…), en revanche, l’éviction de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle, -sans compter celle de la pratique du packing-, a été « officialisée » par la Haute Autorité de Santé, non pas à la suite d’études scientifiques objectives permettant de tirer des conclusions claires sur telle ou telle pratique, mais en raison de « l’absence de consensus sur le sujet ». C’est donc dire que ce sont les plus forts qui ont gagné.

    A partir de cet événement de 2012, les politiques-de droite comme de gauche-, ont entrepris d’appliquer les consignes de l’HAS de façon drastique, en organisant une véritable chasse aux sorcières, traquant les pratiques pouvant relever de la psychanalyse, interdisant les livres suspects d’inspiration psychanalytique dans les centres de documentations des Centres Ressources Autisme, refusant les remboursements des formations comportant le moindre soupçon de psychopathologie aux équipes désireuses d’ouvrir leurs connaissances à des champs diversifiés. Une Agence Régionale de Santé, celle de Nouvelle Aquitaine, a, sous l’influence d’un directeur adjoint en conflit d’intérêt avec ses missions, entrepris de désorganiser totalement le fonctionnement des CMPP pour en faire des plateformes au service exclusif des troubles du neuro-développement[1]. Un groupe de députés, mené par un tandem droite-gauche, a même tenté de faire interdire l’enseignement de la psychanalyse à l’Université. Heureusement, la chambre des députés a vivement réagi pour empêcher cette absence de discernement très inquiétante venant de responsables politiques.

    En ce qui concerne la psychiatrie en général, je pourrais parler longtemps de la régression des conditions de soins des malades mentaux avec une croissance exponentielle des contentions, des services fermés, des prescriptions médicamenteuses sans accompagnement psychothérapique, venant témoigner d’une invalidation progressive de la liberté de circuler. Des soignants de psychiatrie ont essayé d’alerter, trop souvent en vain, les autorités de tutelles des manques considérables de moyens en personnes pour traiter dignement ces pathologies complexes. Des grèves ont été menées, parfois au péril de leur vie, par des soignants, des manifestations ont été organisées, des rapports ont été rédigés. Mais les seules réponses consenties portent sur l’attente d’un avenir meilleur, celui qui verra advenir les marqueurs biologiques de la schizophrénie et de l’autisme, et les fantasmes de voir enfin résoudre ces problèmes complexes par le miracle d’une molécule ou l’effort d’une éducation thérapeutique inspirée le plus souvent de la méthode Coué.

    Pour ce qui est de l’enseignement, à l’occasion de la décapitation atroce de Samuel Paty, nos concitoyens se sont offusqués de l’intolérance des fondamentalistes islamistes responsables de tels actes de haine, répandus partout sur nos réseaux sociaux. Et nos dirigeants ont entonné des airs martiaux condamnant ces contempteurs de nos libertés chéries.

    Bien sûr, il n’y a pas de mort à déplorer parmi les professionnels qui continuent de défendre, non pas l’exclusivité de la psychanalyse, mais son intérêt parmi d’autres dans les approches compréhensives et humanistes de la psychopathologie « transférentielle », y compris avec les personnes autistes si elles le souhaitent. Mais la liberté de penser serait-elle de nature différente lorsque l’on parle de la possibilité de publier des caricatures d’un prophète et lorsque l’on évoque Freud et ses successeurs ? Pourquoi faudrait-il défendre la position des premiers et condamner les deuxièmes au bûcher ?

    Dans notre pays, l’Etat était érigé en puissance au dessus des points de vue contradictoires pour assurer une continuité dans les politiques publiques. C’est ainsi que les lois et règlementations sur la psychiatrie de secteur avaient été pensées et édictées. Certains pensaient que la psychiatrie devait se conformer à telle théorie, tandis que d’autres à telle autre théorie. La psychiatrie de secteur proposait une organisation sans préjuger du contenu des interventions, libres à ceux qui l’appliquaient de construire des compromis pour mener à bien les missions imparties. C’est dans cette possibilité d’ouverture que les neurosciences pouvaient parfaitement s’articuler avec la psychopathologie transférentielle. Mais l’Etat, quittant ses responsabilités supérieures, et laissant tomber les praticiens du service public, a préféré s’adonner à une démagogie coupable de ce qui arrive aujourd’hui, la « mise sur le marché » de pseudo-lois au service de lobbies partisans, aboutissant à des clivages délétères pour les objectifs poursuivis.

    Bien sûr, parmi les représentants élus il existe beaucoup de personnes qui prônent la liberté de penser, de circuler et de débattre.

    Bien sûr, parmi les hauts fonctionnaires chargés de mettre en œuvre les politiques définies par les élus du peuple, il existe de nombreuses personnes qui s’engagent dans la défense des valeurs communes.

    Bien sûr, parmi les acteurs de la société civile, figurent des citoyens qui militent pour que les conditions de vie de chacun soient sans cesse améliorées.

    Mais malgré tous ces témoins vivants et actifs du tissu démocratique, les intrusions sous marines des lobbies hostiles à la pérennité des services publics viennent saper les mécanismes du paysage démocratique, inversant les rapports de forces en faveur de l’entropie pseudoscientifique et technobureaucratique en venant diminuer progressivement nos libertés de penser, de circuler et de débattre.

    Sans liberté de penser, pas de créativité. Sans liberté de circuler, pas de découvertes de nouveaux pans de la connaissance. Sans liberté de débattre conflictuellement, pas de démocratie.

    Nous sommes actuellement en train de dériver vers un tel paysage de désolation. Bientôt les forces, notamment quelques associations de familles porteuses de doctrines très antipsychiatriques, qui ont participé au lobbying déjà évoqué et fait basculer ces régulations articulées au bien commun, se rendront compte qu’elles « se sont fait avoir » par ceux qui leur promettaient monts et merveilles, et que leurs attentes ont été trompées.

    Alors il sera trop tard pour reconstruire un service public, qui, avec ses défauts inhérents à toute institution humaine, a, « quoiqu’il en coûte », la mission d’accueillir et de soigner tous ceux qui se présentent à lui. La santé sera aux mains d’organismes privés à but lucratif qui ne se soucient pas vraiment de la misère du monde…


    [1] A l’instant où je rédige ce texte, nous venons d’apprendre que, suite à une interpellation du gouvernement par le courageux député Hammouche, le ministre de la santé s’est désolidarisé de telles pratiques quasi-fascistes.

  • Non à la politique de la peur !

    Non à la politique de la peur ! 

    Une prise de position de l'USP

    https://printempsdelapsychiatrie.files.wordpress.com/2020/11/usp-politique-de-la-peur-23-nov.png?w=635

  • Soutien aux étudiants

    L’association serpsy soutient les étudiants en soins infirmiers

    Ils ne sont pas taillables et corvéables à merci !

    L’association serpsy soutient les étudiants en soins infirmiers de deuxième année dont les études ont été suspendues afin de fournir de la main d’œuvre bon marché à des hôpitaux mis en crise par l’action conjuguée du COVOD 19 et surtout les coupes franches effectuées par la technostructure qui domine au ministère de la santé. Au moins payez-les correctement !

    Expolites

    Synthèse de la situation des ESI (étudiants en soins infirmiers)

    Merci à tous ceux qui ont participé au recueil d’informations et notamment à Olivier et Adèline et Sandrine, pour les écrits et pour les commentaires aux cadres formatrices, aux étudiant(e)s infirmier(e)s, aux IDE et cadres de soins de différentes régions.

    Compte tenu de la situation sanitaire actuelle, attribuée aux hospitalisations liées à la Covid 19 et dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire décrété par le gouvernement, des filières de formations ont été momentanément suspendues dans le but d’apporter du renfort aux équipes de soins et pourvoir autant que faire se peut aux besoins en personnel dans les services de soins.

    Les ARS de différentes régions ont donc promulgué en novembre 2020 un arrêté portant sur la suspension de filières de formations paramédicales. Les arrêtés différent selon les régions. Les étudiants médicaux et paramédicaux sont ainsi sollicités pour travailler en service de soins.

    ex : ARS Grand Est arrêté n° 2020-3430 du 03nov. […] « suspension de 4 filières de formation préparant au diplôme d’état : d’infirmier de bloc opératoire, d’infirmier anesthésiste, d’infirmière puéricultrice, de cadre de santé . Période : semaine de 45 à 53. Durée 9 semaines. »

    ARS PACA : La formation des ESI de 2A est suspendue depuis le 16 novembre 2020 et au moins jusqu’au 13 décembre 2020 pour permettre aux étudiants de pallier au manque d’effectifs humains.

    Ces suspensions d’un mois peuvent être renouvelées une fois.

    Des petites mains sous-payées pour cacher les erreurs des ARS ?

    Les raisons de ce manque d’effectif sont soulignées par différents syndicats. Ils sont bien antérieurs à l’épidémie qui sévit actuellement. (CF manifestations et alertes des professionnels de soins qui remontent à plusieurs années). Des manifestations sont envisagées. D’ailleurs des étudiants ont déjà fait largement savoir leur indignation par les média et les réseaux sociaux. La FNESI (Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers), le CEFIEC (Comité d’entente des formations infirmières et cadre) et l’ANDEP (Association nationale des directeurs d’écoles paramédicales) soulèvent l’iniquité ainsi engendrée dans les filières de formation.

    Selon les régions, les décisions montrent une disparité importante notamment au niveau du financement de cette participation demandée aux étudiants et de fait des modifications de leur statut. (Suspension de la formation : ils ne sont plus étudiants).

    En région PACA, les arguments pour le choix des ESI de 2A sont les suivants :

    - Les ESI de 1A ne sont pas concernés car n’auraient pas suffisamment d’expérience

    - les ESI de 3A sont trop prêt du DEI et seront diplômés courant 2021 : reculer la date de leur diplôme serait stratégiquement inadapté compte tenu de la pénurie d’infirmier.

    - les ESI de 2A (promo 2019 – 2022) sont concernés car la validation des UE de 1A leur donne les compétences pour exercer comme aide-soignant . Mais beaucoup ont une expérience liée à la Covid entre autre du fait de recrutement volontaire à « la 1ére vague »

    Ils sont actuellement en période de stage et suffisamment loin du Diplôme pour avoir le temps de passer les examens avec succès.

    Pour ce qui est des rémunérations elles peuvent se faire soit sous forme de prime soit sous forme de CDD. Ce point varie selon les régions. Ce qui crée une iniquité d’autant plus que les formations ne sont pas suspendues dans toutes les régions.

    Que demandent les étudiants ?

    Les témoignages des ESI ne mettent pas en question le fait de participer volontairement à ce redéploiement du fait de leur engagement dans ce type de profession.

    Par contre ils sont choqués par la façon dont ils ont été informés. Façon qu’ils considèrent comme cavalière : au dernier moment par mail avec une réunion d’information sommaire organisée dans les IFSI. Les étudiants ne se sentent pas considérés et peu respectés. Les cadres formateurs sont aussi choqués que les étudiants.

    Les ESI sont également inquiets pour la qualité de leur formation et craignent au moment du DEI de manquer de compétence et de ne pas savoir faire face à toutes les situations de soins, voire craignent de mettre des vies en danger. Alors que leur formation est censée être polyvalente, ils ont le sentiment d’avoir une « formation covid ». Enfin, la formation infirmière est notamment ponctuée de stages encadrés et diversifiés qui leur permettent d’apprendre les pratiques infirmières en sécurité avec un accompagnement adéquat. Or les actes infirmier et les actes aide-soignant sont différents, même s’ils font partie de la formation infirmière.

    Comme les professionnels, ils sont eux aussi épuisés car notamment ils ont dû travailler les partiels, reportés du fait de la « 1ére vague » début 2020 et disent qu’ils n’ont pu vraiment se reposer. Ce qui risque de se reproduire encore. Se rajoute au stress de la formation, le stress lié aux situations de soins du fait de la Covid. Beaucoup se sentent peu soutenus dans l’incertitude générale.

    Les étudiants qui ne sont pas en promotion promotionnelle hospitalière rémunérés durant la formation, craignent de ne plus bénéficier des aides financières liées à leur statut d’étudiant, à cause de la suspension de la formation Ce dernier point est contredit par le gouvernement. Dans les faits certains étudiants craignent de se trouver en situation de précarité d’autant plus que beaucoup font des « petits boulots » pour assumer leur formation et que le confinement et les périodes en service ne facilitent pas toujours le maintien de ces petits revenus. L’ARS assure le maintien des bourses mais ce sont des points qui restent anxiogènes pour les étudiants qui sont souvent dans des situations financières difficiles, voire critiques.

    En suspendant les formations l’ARS espère que les étudiants s’inscriront volontairement sur une plateforme dédiée. (Plateforme renfort RH de l’ARS). Est-ce que les étudiants ont une garantie de trouver un lieu de recrutement pour exercer comme aide-soignant, où ils pourraient bénéficier de vacation ou de CDD auprès des établissements bénéficiaires sur ladite plateforme ?

    Réfléchir au sens du soin, de l’engagement de chacun et de l’attitude des ARS …

    Au-delà de la situation difficile que vivent les étudiants et de toutes les incertitudes dans lesquelles chacun se trouve, révélées notamment par les stratégies mises en place en cette étrange période, les discours contredits par les faits, les attitudes contradictoires, il serait temps de réfléchir au sens que tous ces épisodes, nous apprennent du vivant, de soi, du collectif.

    Véronique pour l’association Serpsy.

  • Les Shijimachi nungen

    Le saviez-vous ?

    Jake Adelstein, premier journaliste américain à avoir travaillé au sein d’un journal japonais, a écrit quelques ouvrages où  il déplie ses aventures et ce qu’il a compris de la mentalité japonaise. Tokyo Vice, traduit en français en 2016, par Points comprend un chapitre intitulé Le parfait manuel du suicide. Tout le chapitre est intéressant. J’en retiens un passage parce qu’il me fait penser aux maniaques du protocole qui ne peuvent prendre la moindre initiative, ni s’écarter d’un iota de la règle posée. Vu de ma fenêtre, quand on a ce rapport à la règle, à la loi il est assez malvenu de reprocher quoi que ce soit aux fondamentalistes, islamistes, puritains, évangélistes, catholiques, musulmans, bouddhistes ou juifs intégristes qui sévissent jusque dans la cours suprême des Etats-Unis.  

    Tokyo vice

    Qu’écrit donc Adelstein de si intéressant ?

    « Aujourd’hui l’obsession des Japonais pour la bonne manière de faire est toujours aussi vive. Il y a quelques années l’expression manual ningen (les hommes manuels) était à la mode pour désigner une génération de jeunes Japonais incapables de toute indépendance d’esprit. L’expression fait aujourd’hui partie du langage courant, et désigne celui qui ne peut pas s’empêcher de suivre les instructions et est incapable de sortir des clous. Un synonyme de manual ningen est shijimachi ningen (les gens en attente d’instructions), qui comme vous pouvez l’imaginer, fait référence à des employés de bureau dépourvus d’initiative. » (1)

    Adelstein met le doigt sur un phénomène qui n’est pas une dérive individuelle mais une tendance collective, une fuite des responsabilités, un rapport à l’écrit, à la loi qui ne peuvent se penser que référés au collectif. Ce rapport s’actualise différemment selon les codes, les cultures, les références religieuses, les individus. Les conséquences en sont toujours dramatiques.

    Louis Hecktor

      1. ADELSTEIN (J), Tokyo Vice, trad. Cyril Gay, Editions Marchialy, Paris, 2017.