Billets de blog

  • Lecture publique, 16 juillet à 16 heures

    Sans cont@ct (extrait)

    D. Friard

     

    On n’invitait plus les morts à table.

    En ce temps déraisonnable

    Chacun était l’ennemi de chacune.

    Une main tendue, ouverte

    N’était la garantie de rien.

    Jusqu’au salut entre nous, tombé sans bruit

    Au milieu des hourrah vespéraux.

    Des baisers prohibés jusqu’au shake-hand redouté,

    Le danger était partout.

    Les emballages recelaient des pièges redoutables

    Les poignées de portes abritaient le Jesse James des virus

     

    Lecture publique Dominique Friard, Madeleine Jimena Friard

     

    Vendredi 16 Juillet- 16 heures

     

    Maison de la poésie

     

    6 rue Figuière - AVIGNON

    04 90 82 90 66

     

    Entrée 3 euros

     

     

  • Trente ans après, qu'est devenu le soin en psychiatrie ?

    Trente après, qu'est devenu le soin en psychiatrie ?

    Le 23 mars 2022, les infirmiers de secteur psychiatrique (ISP) commémoreront le trentième anniversaire de la suppression de leurs études et de leur diplôme. Cette extinction d'une profession pourrait n'être qu'une péripétie historique si elle ne s'était accompagnée de l'effacement (voire de l'invisibilisation) d'un champ entier de savoir qui manque cruellement aujourd'hui. La multiplication des isolements et contention (et l'impossibilité même de penser soigner sans), la raréfaction des activités de médiation sont là pour nous le rappeler. 

    L'association Serpsy (Soins, Etudes et Recherche en Psychiatrie) invite ceux que ça intéresse à commémorer cet évènement autour de la question : "30 ans après, qu'est devenu le soin en psychiatrie ?" 

    Différents évènements seront organisés en mars, notamment à l'Astronef, à Edouard-Toulouse à Marseille (13).  

    Des conférences, oui ! Des lectures d'ouvrage écrits par des ISP , oui ! Des débats, oui ! Des pièces de théâtre, oui ! Des manifestations, oui ! Des sittings. Des meetings. Des initiatives en tous genres pour montrer que nous sommes toujours vivants !

    Saurons-nous dire non à la psychiatrie couchée, à la psychiatrie des bien assis et à leurs Assises bien proprettes, où tout est soigneusement planifié de telle sorte que rien ne déborde ?  

    Que vive la psychiatrie des poings levés, avec des soignants et des usagers debout (et non plus sanglés à leur lit) ! 

    Ecrivez-nous, racontez-vous, racontez-nous ! 

     

    D. Friard, pour l'association Serpsy ! 

     

     

     

     

  • L’éducation thérapeutique du patient avec l’appli Semio8G du Grieps

    L’éducation thérapeutique du patient avec l’appli Semio8G du Grieps

    Un nouvel outil pour le soignant

    Lors d’un post-groupe d’une séance d’ETP consacrée aux voix, Germaine et Luc, deux infirmiers explorent les potentialités de l’appli semio8G élaborée par des chercheurs du Grieps.

    Luc et Germaine, tous deux infirmiers dans une unité de réhabilitation, viennent d’achever une séance d’éducation thérapeutique dédiée aux voix. Cette 4ème séance d’un programme axé sur la connaissance de la schizophrénie a été riche. Les sept patients ont évoqué leurs hallucinations auditives et les moyens qu’ils utilisaient pour les réguler. Les deux soignants se retrouvent, après la séance, pour un débriefing autour d’un thé.

    Luc qui est un tout jeune infirmier est émerveillé. Bien sûr, il a étudié l’éducation thérapeutique lors de sa formation initiale. Il a travaillé sur différents programmes : diabète, hypertension artérielle, anticoagulants. Il perçoit bien l’intérêt de la démarche qu’il a pu expérimenter lors d’un de ses stages en cardiologie.

    En psychiatrie, il ne croyait pas ça possible. On lui avait dit que les patients schizophrènes n’avaient pas conscience de leurs troubles. Il ne voyait donc pas comment évoquer les hallucinations, le délire avec des patients qui, pensait-il, enverraient paître le soignant qui leur parlerait d’une maladie qu’ils étaient convaincus de ne pas avoir. Lorsque Germaine[1], une infirmière de secteur psychiatrique chevronnée, lui a proposé de coanimer le groupe avec elle, bien qu’un peu sceptique, il a sauté sur l’occasion. La séance a bousculé tout ce qu’il pensait savoir sur le sujet.

    « Je n’en reviens pas qu’ils parlent, comme ça, aussi facilement de leurs hallucinations. Je croyais qu’ils étaient dans le déni des troubles.

    - C’est plus complexe que ça Luc, répond Germaine.

    - Ah bon ?

    - Oui, la conscience des troubles n’est pas binaire. Ça ne fonctionne pas en tout ou rien. Tu connais l’appli Semio8G du Grieps ?

    - Euh non, qu’est-ce que c’est ?

    - C’est une application de sémiologie psychiatrique élaborée par des formateurs du Grieps (B. Villeneuve, J-M Bourelle, G. Saucourt, R. Klein), un organisme de formation qui existe depuis 45 ans. Je te laisse le lien de connexion : Semio8G, votre appli de sémiologie psychiatrique - Grieps  Le 6 octobre 2022, après deux ans et demi de travail, le Grieps a offert gratuitement le lien aux professionnels engagé dans le soin en psychiatrie.

    - Gratuitement, c’est cool.

    - Oui, ça fait partie de leurs valeurs. Le savoir psychiatrique et sémiologique en ce qui concerne l’appli appartient à chaque professionnel. En tant que formateurs, ils se considèrent d’abord comme des passeurs, des éveilleurs. Il te suffit, du coup, d’une application internet pour afficher le contenu sur ton PC, ton téléphone mobile ou encore ta tablette.

    - Euh, quel intérêt ?

    - C’est un outil numérique de sémiologie psychiatrique, susceptible d’améliorer notre praxis clinique. Regarde ! Le statut mental ou arbre sémiologique comprend 8 domaines, 55 sous-domaines et 268 mots avec leurs définitions. Deux cents exemples vidéo, écrits, liens internet pertinents permettent à l’utilisateur d’aller plus loin pour affiner sa compréhension de la terminologie. L’insight est un de ces domaines, allons voir ce qu’il nous propose. Il suffit de cliquer.

     Semiopsy8

    - Insight clinique et insight cognitif, hum. Quelle est la différence entre les deux ? Je clique.

    - C’est facile d’accès, non ?

    - Oui, tu peux l’avoir toujours avec toi, où que tu sois. Comme n’importe quelle appli.

    - Alors voyons l’insight peut être traduit en français par « conscience du trouble », « déni » ou « anosognosie ». Je n’avais pas tort en parlant de déni.

    - Non, non je t’ai juste dit que c’était un tout petit peu plus complexe. Continuons …

    - Je clique sur insight clinique puis sur insight cognitif. Il est relatif à la conscience de la maladie et à son implication en termes de prise en charge thérapeutique. L’insight cognitif, lui, est défini comme la capacité du patient à reconnaître ses déficits cognitifs et à leur attribuer une cause. Ça signifie qu’on peut reconnaître des déficits cognitifs sans les relier à une maladie ?

    - Oui c’est ça.

    - Tout à l’heure, au début du groupe quand Aïcha a dit qu’elle n’avait pas lu le fascicule sur les voix parce qu’elle n’arrivait pas à se concentrer, ni à retenir ce qu’elle lisait, on pourrait dire que c’était de l’insight cognitif ?

    - Oui tout à fait mais l’attribuait-elle à une maladie ?

    - Pas du tout. Elle a dit que c’est l’œuvre des djinns. Aïcha a donc de l’insight cognitif mais pas d’insight clinique. Je reviens à l’insight. « Le patient a-t-il conscience de la maladie ? Quel est son degré de conscience ? » Le patient pense clairement avoir un trouble mental : « J’ai une maladie, je souffre de schizophrénie ». » C’est ce que nous a dit Hervé. Il a commencé par ça.

    - Hervé a fait un sacré parcours avant d’en arriver là. Cela fait une vingtaine d’années qu’il est malade. Il a fait beaucoup d’activités de psychoéducation.

    - On retrouve ce qu’a dit Claire : « Le médecin m’a dit que je souffrais de schizophrénie. Je ne suis pas certaine d’être d’accord avec lui. Mais bon, j’ai quand même quelque chose qui ne tourne pas rond. »

    - Jean-Paul et Christine ont tenu à peu près le même discours.

    - Dans les inconscients, on retrouve aussi les propos de Jordan et de Luc qui n’adhèrent pas du tout aux propos de leur psychiatre. Donc, dans le groupe, on a un patient conscient, trois ou quatre quelque peu conscients et deux inconscients.

    - C’est cela. C’est la proportion que nous essayons d’avoir dans ces groupes d’ETP. Il s’agit à chaque fois de créer une dynamique entre ceux qui savent, ceux qui savent un peu et ceux qui ne savent rien du tout ou ne veulent pas savoir. Les uns entraînent les autres. Les échanges entre pairs sont beaucoup plus riches. L’expérience vécue a un poids que le discours des soignants n’a pas.

    - Tu as raison, d’ailleurs qu’ils soient conscients ou non, tous ont évoqué leurs voix et expliqué comment ils les régulaient, qu’ils les pensent comme un phénomène normal, morbide ou non.

    - Tiens, si on revenait au groupe.

    - D’accord, mais après si tu veux bien on regardera du côté de la perception pour catégoriser les hallucinations exposées par les patients.

    - Bonne idée.

    - Je sens que je n’ai pas fini d’explorer cette appli. »

     

     

     

    Dominique Friard

     

     


    [1] Clin d’œil à Christophe Malinovski qui a créé le personnage de Germaine, une Infirmière de Secteur Psychiatrique (ISP) chevronnée, qui guide parfois ses jeunes collègues dans les méandres de la clinique. On peut la retrouver sur Il était une fois en psychiatrie (iletaitunefoisenpsychiatrie.blogspot.com)

  • Débat Funambules à l'Utopia le 11 octobre

    Funambules

    Le 11 octobre à 20 heures, en Avignon, dans le cadre de la Semaine d'Information en Santé Mentale (SISM), la MDPH 84 et un collectif d'association (Isatis, Preuve, l'Unafam, Le Point de Capiton et Serpsy) présentent le film d'Ilan Klipper : Funambules. La projection sera suivie d'un débat destiné d'abord à déstigmatiser la maladie mentale et ensuite à réfléchir collectivement sur cette réalité dont on ne veut rien savoir et/ou qui défraye la chronique quand les médias montent en épingle telle ou telle affaire. 

    FUNAMBULES - Cinéma Utopia Avignon (cinemas-utopia.org)

     

     

  • Salut Dimitri et fraternité

    Salut Dimitri et fraternité

    « Laragne a perdu son âme »

    Mon smartphone est devenu fou. « Kling ! » Les alertes se succèdent. « Kling ! » Textos et messages se multiplient. « Kling ! » Je pense que je suis loin d’être le seul à être ainsi envahi. « Dimitri est mort ». Je reçois et j’envoie à mon tour. « Kling ! » Le son des tamtams serpente le long du Buëch, franchit les vallées et les monts. Du Pic du Morgon, à l’Aubiou jusqu’au Vieux Chaillol, des doigts agiles colportent la triste nouvelle : le vieux lion est mort. « Les Africains ont un dicton, m’écrit Cathy. Quand une personne âgée meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. C’est beau et ce fut ma pensée pour Dimitri. » « Kling ! » Dans les Hautes-Alpes et dans les Alpes de Haute Provence, pour tous ceux qui gravitent autour de la psychiatrie, pour notre communauté, c’est un tremblement de terre : « Dimitri est mort ».

    Cette simple mention de son prénom dit tout. C’est Dimitri qui est mort. Pas le Docteur Karavokyros, pas l’ancien médecin-chef, pas le Kara des copains médecins, ni même Karavo. Dimitri. Tout simplement, tout familièrement. « Kling ! »

    Il s’est éteint dans la nuit du 21 au 22 mai. Dans son sommeil, semble-t-il. 

    On le croyait immortel. A le voir se rendre encore aux grandes relèves dans les unités, pour écouter, papoter, s’imprégner, faire du « Karavo » avec la dose nécessaire de mauvaise foi, avec ce goût de la dispute qui le caractérisait, cette façon de ne pas lâcher, de ne pas renoncer. La disputatio, écrit Frédéric, le cadre d’une des unités. Jean-Paul Lanquetin l’avait rencontré, il y a quelques dix jours, dans le cadre d’une recherche sur l’isolement et la contention. Dimitri, très en verve, lui avait raconté l’histoire du CHBD et une partie de celle de la psychiatrie. Daumézon son maître. Le syndicat des psychiatres. Guy Baillon, l’ami de presque toujours. Et d’autres, tant d’autres qui ont écrit les plus belles pages de l’histoire de la psychiatrie. Une belle histoire dans laquelle il tenait une place importante. « Kling ! »

    « Laragne a perdu son âme » m’a écrit Mireille.

    Laragne, une épopée sans isolement, ni contention. Rien que ça, ça dit l’homme. Combien d’établissements psychiatriques peuvent soutenir qu’ils n’utilisent pas de contention ? Combien ont refusé collectivement et à l’unanimité d’ouvrir des chambres d’isolement en 2009 ? Et pourtant Dimitri n’y était plus chef de service. Transmettre. Il a su nous transmettre un dur désir de liberté qui s’incarnait dans notre refus collectif des mesures coercitives. Encore et encore. Attiser la révolte, la soutenir. Quel âge avait-il, Dimitri ? Plus de 80 ans c’est sûr. Il me semblait parfois qu’il était le plus jeune d’entre nous. « Kling ! »

    Dimitri était psychiatre. Il avait fait les beaux jours du Syndicat des médecins des hôpitaux psychiatriques de 1972 à 1981. Il y fut, entre autres, chargé des relations avec les syndicats d’infirmiers et les organisations de paramédicaux. Il s’était joint à ses confrères M. Monroy et J. Gérardin pour rédiger le rapport « Formation et rôle de l’infirmier en psychiatrie » en ouverture du congrès de psychiatrie et de neurologie d’Auxerre, en septembre 1974. Renonçant à rédiger eux-mêmes le rapport, Dimitri et ses confrères, créèrent avec quelques infirmiers, un collectif qui s’organisa sous la forme d’une association à laquelle adhérèrent un très grand nombre de comités locaux. L’association pour l’étude du rôle et de la formation de l’infirmier psychiatrique (AERFIP puis AERLIP) élabora un document de 310 pages. Ne pouvant être accueillis par les congressistes qui se levèrent et quittèrent la salle au moment où M. Lababsa, infirmier à Clermont-de-L’Oise, prononça un discours élaboré collectivement, les quelques 400 infirmiers présents invitèrent les psychiatres à les retrouver pour continuer la discussion à Saint-Bris-Le Vineux, où ils étaient rassemblés. Quatre firent le déplacement, dont Dimitri. Nicole et Michel Horassius concluaient cette séquence dans le numéro de novembre de l’Information psychiatrique : « Ce n’était pas le moindre intérêt de ce congrès inhabituel que de révéler l’étonnement, sinon le malaise, des médecins devant ce qu’il faut bien considérer comme une manifestation de maturité, même si elle emprunte les formes contestataires de l’adolescence. Il nous sera peut-être difficile d’adopter une attitude de médecins adultes, sans honte ni condescendance, face à des infirmiers adultes et responsables à qui nous unissent les mille liens affectifs et identificatoires du tissu institutionnel. » Dimitri était sans honte et sans condescendance. Il respectait chacun et les liens affectifs et identificatoires entre nous étaient nombreux comme le montre notre tristesse commune à l’annonce de son décès. « Kling ! »

    Dimitri était psychiatre. De secteur. Au sens le plus exigeant du terme. Comme les infirmiers. Nous avions ça en commun. Le secteur. La population haut-alpine. Le soin. Il avait une connaissance presque physique des mouvements de population qui menait une famille du Nord de la France à venir habiter dans les Hautes-Alpes, à Embrun, pour qu’un enfant asthmatique respire enfin. Il connaissait le malaise des campagnes qui conduisait un agriculteur à accrocher une corde à une poutre. Nous en avions parlé ensemble pour un article, pour moi mémorable, sur le secteur dans Santé Mentale. C’était la seule fois où j’étais allé chez lui. J’avais été son secrétaire. La nuit nous avait interrompus. Il soutenait tout projet qui visait à rapprocher la population des soins. La proximité toujours, Friard. Farouchement opposé à l’asile, Dimitri était un militant du secteur. Et plus d’un d’entre nous s’était fait moucher d’être trop « asilaire ». Je me souviens de ces réunions au Club, quand Dimitri, trouvant que les propos étaient trop descriptifs, trop rejetant à propos d’un patient, trop convenus se tournait vers la droite, sortait son journal de son sac et l’ouvrait pour le lire. Il ne reculait devant aucune action parlante.     

    Chacun a ses souvenirs de Dimitri : ASH ou assistante sociale, infirmier ou psychiatre, éducateur spécialisé, patients, familles, cadre ou conseillère en économie sociale et familiale. Joël, l’infirmier dessinateur qui fit les illustrations de la revue Soins Psychiatrie pendant plus de dix ans se plaisait à le caricaturer dans la revue, dans les vestiaires. Dimitri souriait et parfois en riait. « C’était ma coccinelle », écrit Joël, faisant ainsi allusion au petit animal dont Gottlieb parsemait la moindre case de ses B.D. « Kling ! »

    Dimitri était un psychiatre attentif à ses patients. Il les suivait au long cours. Il ne les lâchait pas. Il était là quoi qu’il arrive, comme il était présent dans l’institution, aux réunions diverses et variées qui fabriquent la psychiatrie de secteur. En tant qu’infirmier, c’était un vrai bonheur que de suivre ces patients, ces familles parfois.

    J’ai tant de souvenirs de Dimitri qu’il faudrait un livre pour tous les déplier : les réunions le soir à l’AFREPSHA (Association de Formation et de Recherche des Personnels de Santé des Hautes-Alpes) pour préparer les journées qui accueilleraient la fine fleur de la psychiatrie, les effets de tribune destinés à relancer un débat qui roupillait, les soirées festives quand Dimitri refaisait le monde avec Guy Baillon, Pierre Delion, Jean Oury ou un intervenant plus ou moins prestigieux.

    Il nous est arrivé d’intervenir pour un même organisme de formation (l’Infipp) à Montpellier et à Montfavet. Dimitri avait en charge la psychopathologie et moi le soin quotidien. Je lui succédais. Dimitri, ça lui cassait les pieds d’enseigner la psychopathologie, ce qui l’intéressait c’étaient les soins, à hauteur d’infirmier, ce qui se fabriquait avec les patients.  Les stagiaires s’attendant à un cours magistral de sémiologie renâclaient parfois. Il leur répondait : « La psychopatho, vous verrez ça avec Friard. Il fera ça très bien. » Quand j’arrivais le jeudi et que je présentais le contenu des deux jours de formation, ils m’interrompaient : « Euh, et la psychopathologie ? Le Dr Karavokyros nous a dit que c’était vous qui l’abordiez. » Merci Dimitri. C’est ainsi que je me retrouvais régulièrement à improviser autour de la psychopathologie. Ce fut très formateur.

    Il ne s’en vantait pas tant ça allait de soi pour lui mais Dimitri avait une qualité énorme, hélas de plus en plus rare : il savait faire confiance. Aux patients comme à ses collègues soignants. « Kling ! »

    Merci Dimitri !

    Dominique Friard

     

  • Les infirmiers psychiatriques au cœur du soin

    Les infirmiers psychiatriques au cœur du soin

    M. Combret, D. Friard, J-P. Lanquetin, B. Villeneuve

    Editions Seli Arslan

    Véronique avait fait partie d’un spectacle de rue et était allée à l’Hôpital L’eau vive, à Soisy Sur Seine, elle avait brièvement fréquenté l’Ecole des Beaux-Arts, avant de tailler la route jusqu’en Turquie. Marie était animatrice de colonie de vacances et de centre de loisirs. Serge se destinait à devenir professeur de musique. Il avait fait le conservatoire et était allé en faculté de musicologie. Il avait été saxophoniste dans la musique militaire. Maryline avait fait une première année d’histoire. Elle voulait devenir archiviste, documentaliste mais a développé une allergie à la poussière. Marc-Henri était entré aux PTT, au tri postal. Il jouait aussi aux fléchettes et est devenu champion de France de la discipline. On lui a proposé d’être démonstrateur professionnel de fléchettes électroniques. Ahmed a tâté du droit, été pompier volontaire, infirmier militaire. Éric a débuté dans un IUT en gestion et organisation de la production. Il a multiplié les petits boulots comme couper des fromages, sortir des sacs de courges d’un container, les éventrer avec un couteau et les verser dans une grille. Leurs parcours sont divers, parfois cocasses, mais tous deviendront infirmier(e)s en psychiatrie, de secteur ou non. Qu’est-ce qui les a amené(e)s au soin et plus particulièrement à la psychiatrie ? Qu’y ont-ils trouvé qui les a conduit(e)s à y rester et à y faire carrière ? C’est ce qu’ils racontent à Seli Arslan qui les interviewe dans un nouvel ouvrage : Les infirmiers psychiatriques au cœur du soin.

    Celles et ceux qui étaient infirmièr(e)s de secteur psychiatrique ont vu leur diplôme supprimé, pour certain(e)s alors qu’ils venaient juste d’être diplômé(e)s, comment ont-iels réagi ? Ont-iels baissé les bras ? Ils racontent des parcours très riches qui ont amené l’une à un doctorat en soins, une autre à la formation, un autre à la psychoéducation, un autre encore à la création d’une radio, etc. Ils ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot. Ils racontent le soin, les rencontres avec les patients, l’évolution de la psychiatrie, sa mise en déshérence.

    Certain(e)s travaillent toujours comme infirmier(e)s. Certain(e)s sont retraité(e)s, mais demeurent toujours actifs dans le champ. Ils sont devenus formateurs dans des organismes de formation, spécialisés ou non : Infipp, Grieps, ISIS, etc. Ils ont à cœur de transmettre leur savoir.

    Ces huit rencontres avec des femmes et des hommes remarquables en disent probablement plus sur la psychiatrie que bien des traités théoriques ou sociologiques. Seli Arslan sait, par ses questions, leur permettre de rebondir, d’aller plus loin, de préciser leurs propos.

    Quatre « théoriciens » commentent, mettent en musique, contextualisent ces parcours : Michel Combret décrit la sociologie de la profession, Benjamin Villeneuve retrace son histoire, Dominique Friard évoque un des savoirs perdus et Jean-Paul Lanquetin rassemble tous les fils et en resitue l’épistémologie.

    Un livre à lire pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui en psychiatrie.

     

    D. Friard

       

  • L'an 01 de la psychiatrie. Manifeste

    L’an 01 de la psychiatrie

    Manifeste à faire circuler

    L’an 01 de la psychiatrie : on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste. Et d’abord rencontrons-nous pour parler, échanger autour de nos pratiques, de ce que l’on peut faire, de ce que l’on aimerait faire, des moyens de pouvoir y parvenir, de le penser, de l’organiser.

    Lorsque le 23 mars 1992, le législateur supprime le diplôme d’Infirmier de Secteur Psychiatrique (ISP), il ne fait pas que créer le diplôme d’Etat d’infirmier polyvalent (IDE) en adaptant la formation aux recommandations européennes. En expurgeant progressivement la formation de ces IDE des contenus psychiatriques et de sciences humaines qui structuraient la formation d’ISP, il affirme qu’il n’y a pas besoin de posséder des connaissances spécifiques pour soigner une personne souffrant de troubles psychiatriques.

    Les personnes en état maniaque ou mélancoliques, celles qui délirent bruyamment, qui sont envahies par des hallucinations acoustico-verbales, celles dont l’organisation limite les pousse à attaquer tout lien à l’autre, celles qui vérifient plus de 200 fois que leurs robinets et portes sont bien fermées, doivent bénéficier des mêmes types de soins, réalisés avec le même type de raisonnement clinique que les personnes souffrant d’un infarctus, d’une sclérose en plaque ou d’un diabète. Le savoir être du soignant, son investissement dans la relation, les mécanismes de défense qu’il déploie et ceux auxquels il est confronté seraient donc de même nature. Il ne serait ainsi pas nécessaire que le soignant apprenne à travailler sur lui-même, développe ses qualités d’insight ou s’initie à la dynamique des groupes.

    Trente ans après ce décret, au moment où les derniers ISP partent en retraite, il est souhaitable d’en tirer un bilan et quelques leçons. L’Etat aurait pu se borner à entériner les recommandations européennes en termes de contenu, d’heures de formation, d’ouverture aux sciences humaines. Il aurait pu, surtout, constatant un manque, créer une véritable formation complémentaire, un diplôme universitaire (D.U. de soins psychiatriques) comme l’ont fait quelques établissements privés (ASM XIII, La Verrière) et même la Suisse (avec le CAS et le DAS), voire créer une nouvelle spécialité infirmière. Il n’en a rien fait et n’a même jamais envisagé de le faire.

    Trente plus tard, les contentions qui étaient devenus rares voire exceptionnelles se sont banalisées. Les différents textes de lois qui visent à en restreindre l’utilisation se heurtent à un mur de méconnaissance : « On ne sait pas comment faire autrement » gémissent les infirmiers polyvalents qui imposent physiquement ces mesures et les psychiatres qui en prennent la décision. Et, de fait, comment pourraient-ils faire différemment si au cours de leurs formations initiales, cette question n’a été à aucun moment abordée ou travaillée ? Il s’agit d’une véritable perte de chance pour les patients hospitalisés. Comment concilier l’empowerment (pouvoir d’agir des usagers, autonomie) tant proclamé par les différentes strates de l’Etat et le fait, pour une personne hospitalisée d’être enfermée, attachée à son lit pendant un temps plus ou moins long ? Toute contention suffisamment prolongée a un coût cognitif, psychique (traumatisme) qui entraîne une perte d’espoir et de confiance en ses compétences. Une personne qui a été attachée ou isolée, demandera moins souvent des soins quand elle se sentira moins bien. C’est alors la confiance en l’institution psychiatrique, elle-même, qui est compromise avec les risques d’aggravation symptomatique et leurs conséquences sur la vie sociale de la personne voire pour l’ensemble de la société elle-même. Une véritable perte de chance qui devrait conduire ceux qui en sont responsables devant les tribunaux. 

    Cette suppression du diplôme d’Infirmier de Secteur Psychiatrique, et surtout des contenus de formation qui y étaient attachés, apparaît rétrospectivement, avec la suppression du CES de psychiatrie pour les médecins, comme la première attaque contre la psychiatrie en tant que discipline. Depuis 1992, on ne compte plus les textes et règlements qui réduisent, éparpillent, amputent, dénaturent le soin en psychiatrie et le secteur qui visait à soigner chacun au plus près de chez lui. Faut-il les lister au moment où leur accumulation paupérise la psychiatrie et transforme les personnes hospitalisées en citoyens de seconde zone ?

    La sociologue D. Linhart, auteure de nombreuses enquêtes et ouvrages dont le dernier « La comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale » est sorti en 2015 aux Editions érès, analyse bien ce passage. Elle note que Taylor (le père du taylorisme) avait très tôt identifié qu’au sein des entreprises, le savoir c’est le pouvoir. Il faut donc éviter quand on est manager « d’avoir des gens capables d’opposer un autre point de vue en s’appuyant sur les connaissances issues d’un métier ou de leur expérience. Si un salarié revendique des connaissances et exige qu’on le laisse faire, c’est un cauchemar pour une direction. » C’est dans cette logique que fut supprimée la formation d’ISP. Devenus aujourd’hui des seniors, ils sont « les gardiens de l’expérience, ils sont la mémoire du passé. Ça ne colle pas avec l’obligation d’oublier et de changer sans cesse. Il y a donc une véritable disqualification des anciens. On véhicule l’idée qu’ils sont dépassés, et qu’il faut les remplacer. » Il s’agit, par-là, de « déposséder les salariés de leur légitimité à contester et à vouloir peser sur leur travail, sa définition et son organisation. L’attaque contre les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) se situe dans cette même idéologie de dépossession. Ils constituaient en effet des lieux de constitution de savoirs experts opposables au savoir des directions. Les seuls savoirs experts qui doivent désormais « légitimement » exister sont ceux portés par les équipes dirigeantes où se trouvent des gens issus des grandes écoles, secondés par des cabinets de consulting internationaux. » Ce qui vaut pour l’entreprise vaut pour l’hôpital désormais géré de la même façon.

    Le rapprochement avec l’hôpital général, permis par la mise au pas des « ornithorynques » psychiatriques a transformé la psychiatrie et les soignants qui y travaillaient en variable d’ajustement. Nos unités ressemblent d’ailleurs de plus en plus à des services de soins somatiques. Ils sont traversés par des blouses blanches qui n’ont plus le temps de s’arrêter auprès d’un patient qui va mal, de lui proposer un entretien, au débotté. Ils doivent nourrir l’ordinateur, cet ogre qui nous dévore chaque jour un petit peu plus. En temps réel évidemment. Et nous notons, cotons, gavons la machine sans prendre le temps de nous arrêter pour penser.

    La clinique, attaquée par les laboratoires pharmaceutique et les experts qu’elle finance, a mis en avant la notion de trouble qui ne décrit plus d’entité clinique clairement repérée.  Le trouble bipolaire a remplacé la vieille PMD et permis de multiplier la vente d’antidépresseurs. Les troubles du spectre autistique, diagnostiqués par les Centres expert pullulent. Bientôt, comme au Japon, la schizophrénie sera remplacée par le trouble de l’intégration, qui sera, certes, un temps moins stigmatisant mais sera vite repris par les discours médiatiques dès qu’un quelconque « cannibale des Pyrénées » sortira sans autorisation. Il est à craindre que les multiples plateformes et autres numéros verts soient de peu d’utilité dès lors qu’il s’agit non plus de repérer ou de diagnostiquer mais de soigner. Le soin en psychiatrie repose sur des personnes, des soignants, des travailleurs sociaux, des médecins et des usagers qui réfléchissent ensemble, bref sur des collectifs. Nul ne soigne seul. Cette leçon, bien oubliée, de la psychothérapie institutionnelle évite nombre de mesures coercitives.

    Un comportement n’est jamais simplement ce qu’il parait être. Il existe toujours un sous-texte, un discours latent caché par le discours manifeste, discours auquel nous sommes hélas de plus en plus sourds dans des unités désertées par la réflexion psychodynamique. Empowerment, humanitude, rétablissement, virage ambulatoire, plate-forme numérique, distanciel … on ne soigne pas avec des slogans qu’on ânonne bêtement. Il faut de la présence, de la clinique et de l’écoute.   

    Stop !

    Arrêtons-nous là, on va finir par pleurer alors qu’il nous faudrait plutôt lever le poing. Nous sommes dos au mur. Nous ne pouvons plus reculer. Les jeunes infirmiers désertent de plus en plus des établissements que nos plaintes décrivent comme un long purgatoire. Savons-nous bien susciter leur désir ? Était-ce mieux avant ? Pas partout, pas toujours, pas tout le temps. C’était mieux là où nous nous battions. Et si, par dérision, nous nous sommes nommés nous-mêmes les dinosaures de la psychiatrie, nous sommes plutôt des ornithorynques, une espèce étiquetée mammifère mais qui pond des œufs, notre mâchoire cornée ressemble à un bec, nous avons la queue d’un castor et sommes à l’occasion venimeux. Nous sommes des inclassables et nous le revendiquons.

    « Ça suffit ! »

    Arrêtons de nous plaindre. Nous ne pouvons que rebondir, qu’aller de l’avant. Battons-nous !

    Ce lundi 21 mars, nous avons lu quelques textes issus d’une abondante littérature infirmière dédiée au soin en psychiatrie. Je regrette que faute de temps nous n’ayons pu découvrir ou redécouvrir ensemble les ouvrages de Blandine Ponet, Patrick Touzet, Yves Gigou, Hubert Bieser, ni les articles de Jean-Paul Lanquetin, de Serge Rouvière et de bien d’autres. Si en 1992, nous avions collectivement laissé peu de traces écrites, il n’en va plus de même aujourd’hui. Commençons par nous lire nous-mêmes, par nous critiquer pour avancer, pour explorer d’autres horizons. Sans ces lectures critiques, nous ne ferons pas reculer les isolements et contentions.

    Les Assises Citoyennes de la Santé Mentale ont rassemblé à Paris, à la Bourse du Travail, ces 11 et 12 mars plus de 500 personnes. Des motions ont été rédigées par des participants issus de toutes les couches de la société. C’est un début.

    Créons dès aujourd’hui une nouvelle psychiatrie. Proclamons l’an 01 de la psychiatrie, dès aujourd’hui, dès ce 21 mars 2022, de sinistre mémoire. On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste !

    Nous avons été des bricoleurs, nous avons utilisé des moyens détournés pour provoquer des mouvements incidents, des sauts de côté où le soin pouvait advenir et les relations se développer. Nous avons su faire avec les moyens du bord, nous avons agrégés le peu qu’on nous laissait : objets, instruments, médiations, activités de bric et de broc, nous avons accumulé des connaissances et des bouts de ficelle qui pourraient toujours servir et qui finalement servaient. Nous avons fait preuve d’inventivité, de créativité, de ruse souvent, développé une véritable poétique du soin/bricolage. Nous avons su parler avec les choses, mais aussi au moyen des choses, nous avons su faire parler les matériaux, les choses et les instruments à des fins que nous avions conçu avec les patients. Il n’était pas d’objets que nous ne pouvions détourner et investir. C’était carnaval. Pas tous les jours mais chaque fois qu’il y avait une opportunité. Nous savions saisir le Kayros par les cheveux chaque fois qu’il se pointait dans nos services, dans les rues de la ville ou lors des séjours thérapeutiques que nous organisions. Mais l’ingénieur et le comptable ont fini par nous supplanter. D. Linhart décrit bien cette appropriation de l’ensemble des connaissances détenues par les professionnels de terrain au profit des managers. Ils en ont tiré des règles, des process, des prescriptions, des feuilles de route et s’autorisent de cela pour nous dire en quoi consiste notre travail. « Il s’agit d’un transfert des savoirs et du pouvoir, des ateliers vers l’employeur, et d’une attaque en règle visant la professionnalisation des métiers. » Cette réorganisation fait émerger de nouveaux professionnels, des ingénieurs et des techniciens. Ceux-ci ont une masse de connaissances et d’informations à gérer et à organiser, afin de mettre en place des prescriptions de travail, à partir des connaissances scientifiques de l’époque.

    Ils ont asséché notre créativité à notre corps pas toujours défendant.

    Nous étions des bricoleurs, il nous faut maintenant devenir braconniers sur les terres des seigneurs de la Finance et des petits marquis du management néolibéral. Posons nos collets en douce, pour rester soignants. Faisons mentir les ordinateurs. Serpentons à travers les mailles des réseaux qu’on nous impose, collectons ce qui nous paraît utile, et composons par notre marche même, par ces rencontres singulières, rares peut-être mais riches, composons pas à pas, notre quotidien. Résistons. Chaque entretien, chaque activité que nous proposons, chaque soin même peut et doit devenir un acte de résistance. Rusons.

    L’an 01 de la psychiatrie c’est cela, du bricolage, du braconnage, du petit à petit, du pas à pas, du petit ruisseau qui fera peut-être un jour une grande rivière. Des pratiques altératives dirait Mathieu Bellahsen à l’unisson ou presque de Lévi-Strauss et de Michel de Certeau. C’est la psychiatrie qu’il nous appartient d’inventer aujourd’hui au cœur de nos unités, de nos CMP et de nos hôpitaux de jour. Avec les usagers. Leurs familles quand c’est possible. Faisons feu de tout bois. Tout ce qui n’est pas explicitement interdit est autorisé. Tout ce qui est interdit peut être détourné. 

    L’an 01 de la psychiatrie : on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste. Et d’abord rencontrons-nous pour parler, échanger autour de nos pratiques, de ce que l’on peut faire, de ce que l’on aimerait faire, des moyens de pouvoir y parvenir, de le penser, de l’organiser. Après tout, nous ne sommes pas sous des bombes russes. Nous n’affrontons jamais que des tigres de protocoles. Rassemblons-nous chaque fois que c’est possible pour échanger … à cinq, à dix, à plus. Partager nos aventures de soins, nos réflexions, nos rêves. S’entraider. Mettre nos ressources en commun. Tout seul dans ton unité tu crèves. A plusieurs on résiste, on s’épaule, on pèse. Un peu plus. Serpsy prendra sa part. Sur le site serpsy1.com, dans les unités chaque fois que vous nous inviterez.

    L’an 01 de la psychiatrie, nous y sommes. A nous de jouer !

    Faites circuler !

    Dominique Friard pour l’association Serpsy